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Paris: Le charme du Musée de la Vie Romantique

Par Elise Chevillard / Publié le 03.11.2015
Il y a des endroits que l'on aimerait garder jalousement secret, des endroits protégés de la rumeur de la ville, à l'abri des regards et où émane encore l'aura d'une époque révolue. C’est dans un cadre charmant et bucolique que le musée de la Vie Romantique convie les curieux à pénétrer dans l'intimité de l'écrivain George Sand. Peintures, dessins et objets d'art évoquent l’atmosphère artistique et littéraire de la seconde moitié du XIXe siècle.

Photo: D. Messina - Ville de Paris
Photo: D. Messina - Ville de Paris

Rue Chaptal. La pente qui monte vers Montmartre est douce. Pigalle n’est pas loin. Ses petites femmes aussi qui, la nuit tombée, aguichent le passant sous les néons grossiers et criards des clubs. Anciennement quartier de « La Nouvelle Athènes », c’est ici que s'installèrent vers 1820 de nombreux comédiens, peintres, acteurs et musiciens, qui formèrent l'élite du mouvement romantique parisien. Au numéro 16, une entrée discrète s’ouvre sur une allée bordée de robiniers centenaires. C’est dans un petit écrin de verdure que se dévoile le musée de la Vie Romantique. Bâtie en 1830, cette demeure est aujourd’hui l'un des derniers exemples des maisons d'artistes construites sous la Restauration et la Monarchie de juillet. Sur la façade crépie de blanc courent la glycine. La maison joue de son charme méditerranéen, avec ses persiennes aux volets vert tendre, son toit à l’italienne. Et dissimule à peine son invitation.

Voyage à l’époque romantique

Connu d’abord sous le nom d’Hôtel Scheffer-Renan, le musée est établi depuis 1983 dans la demeure d’Ary Scheffer. Ce peintre d’origine hollandaise (1795-1858) s’y installe avec sa famille dès 1830. Surnommé le professeur de dessin des princes, il est considéré comme le digne représentant de l'école romantique. Ce mouvement qui débute en 1775, redonne alors goût au rêve et à l'imagination face à un classicisme trop sec. Dans son atelier-salon, Ary Scheffer reçoit le Tout-Paris artistique et intellectuel. Chopin, Delacroix, Dickens, Rossini…Les grandes figures romantiques défilent. Une de ses voisines et amie, la romancière George Sand (1804-1876) côtoie aussi la maison. Passionnée par la libération de la femme, elle incarne les idéaux et les combats du mouvement romantique. Ses souvenirs ne pouvaient trouver meilleur tombeau que ce musée. Parmi les invités d’Ary Scheffer, on croise aussi Ernest Renan, écrivain et philologue qui épousera la nièce du maître de maison. En 1959, la demeure est vendue à l'Etat, puis à la Ville en 1983. Elle renaît cinq ans après sous le nom de musée de la Vie Romantique.

Souvenirs de George Sand

Une volée de marche conduit à un petit perron. Sur le pas de la porte, l’envie de frapper nous traverse, tant l’endroit confidentiel nous y invite. À l’intérieur, on se plaît à imaginer tous les grands esprits du XIXe siècle qui ont franchi ce seuil. Dans l’air, flottent des notes de piano. Chopin est parmi nous, promesse d’un délicieux voyage en terre romantique. La première pièce du rez-de-chaussée est consacrée aux effets personnels de George Sand légués par sa petite fille. Le buste de la romancière qui nous salue, rappelle qu'elle venait souvent ici. Plumes, coupe-papier, boîtes, bagues et colliers lui ayant appartenus sont précieusement gardés en vitrine. Jusqu’à ses mèches de cheveux enfermées dans un médaillon. A côté, des moulages en plâtre représentent son bras et la main de son amant Chopin. Sur les murs, c’est une galerie de portraits de la famille Sand, des fantômes du passé qui accompagnent le visiteur pendant sa déambulation. Les moulures, les tapisseries murales parviennent à resituer l’atmosphère de l’époque. À l’image du petit salon entièrement reconstitué dans l'essence de celui du Château de Nohant, où George Sand rédigea une partie de ses écrits. L'épaisse moquette rouge étouffe les pas. Et la commode en marqueterie, le mobilier en acajou confèrent à la pièce un esprit boudoir feutré. Dans la lumière mordorée de cette fin de journée, on imagine sans peine la silhouette de George Sand assise dans un fauteuil cabriolé. Le visage pâle, en manche gigot et col de mousseline, elle nous conterait ses amours passionnés.

De la plume au pinceau il n'y a souvent qu'un pas. Le petit salon bleu ou cabinet de peintures, propose aux visiteurs de découvrir une autre facette de l’écrivain. Au crépuscule de sa vie, George Sand développe le procédé de la « dendrite ». Cet art consiste à écraser des couleurs aquarellées entre deux feuilles de papiers. Les taches créent ainsi des formes qu'elle transforme et accentue à sa guise. Surgissent alors des paysages imaginaires.

Ary Scheffer, habile portraitiste

À l’étage, les toiles d'Ary Sheffer côtoient celles de ses contemporains. Dès l'antichambre, on fait connaissance avec l'ancien propriétaire des lieux et son buste. Les pièces dédiées aux portraits romantiques se succèdent, puis ce sont des œuvres inspirées de l’histoire et des sujets religieux. Réputé pour être l’un des artistes favoris du roi Louis Philippe, Ary Scheffer peindra le portrait de la reine Marie-Amélie et de ses filles. La collection est aussi formée de meubles, de sculptures, d'objets d'art et personnels. Comme ce service à goûter en porcelaine offert par le roi au peintre.

« Un thé dans le jardin » : une pause romantique

Dehors, deux ateliers se répondent de chaque côté de la cour. L’un, accueille régulièrement des expositions temporaires qui mettent en lumière des œuvres en rapport avec la littérature ou les arts graphiques. L’autre, abrite un salon de thé sous une verrière. Dès les premiers rayons chauds du soleil, ce salon prend ses quartiers dans le jardin. Les petites tables vertes en fer forgé se voient pris d’assaut. Sous les ombrages des arbres centenaires, parmi les roses et les clématites, le visiteur vient goûter à la délicieuse quiétude du cadre. Salades, tartes salées, douceurs sucrées figurent sur la carte d' « Un thé dans le Jardin ». Le tout arrosé de ce breuvage servi dans de la porcelaine fine. Une façon de poursuivre son voyage romantique. Dépaysant.

Informations pratiques
Musée de la Vie Romantique, 16 rue Chaptal, 75009 Paris
Horaires d'ouverture : du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Le jardin-thé est ouvert de mars à oc-tobre de 10h00 à 17h30. Accès gratuit aux collections permanentes.
www.vie-romantique.paris.fr

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