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Provins : une escapade médiévale proche de Paris

Par Elise Chevillard / Publié le 03.06.2019

En Seine-et-Marne, au cœur de la plaine de Brie,  Provins est une cité médiévale bâtie sur un éperon rocheux, où chaque coin de rue reflète sa splendeur passée exceptionnellement conservée. A moins de deux heures de Paris, cette ville inscrite au patrimoine mondiale de l’Unesco vous invite à remonter l’histoire au temps des foires et des comtes de Champagne, grâce notamment à son festival Les Médiévales qui a lieu chaque année. 

Provins Amphitheatre https://www.flickr.com/photos/m1key-me/

Mardi, 10h11. Gare de Provins.  Le train dépose son flot de voyageurs, touristes ou habitués dans la partie basse de la ville, le Val. Depuis les ponts, on admire les petits lavoirs individuels, on franchit les rivières de la Voulzie, et du Durteint, qui ont donné à Provins le surnom de petite Venise. La présence de ces canaux a d’ailleurs favorisé l’activité économique et le développement des métiers tels que drapiers et parcheminiers.  Les rues en pentes douces nous indiquent la voie à suivre pour se diriger vers la ville haute, (le Châtel) située au sommet de Provins dans son écrin fortifié.  Les maisons à pans de bois sont restées dans leur jus, et pour la plupart rénovées.  Les pierres sont patinées par les vents et le temps qui passent. La routine de cette matinée de semaine s’écoule paisiblement. La ville est silencieuse et nous murmure son histoire.

Ville basse de Provins ©EliseChevillard

Provins, ancienne ville des Foires de Champagne

Située sur les anciennes terres des comtes de Champagne, Provins se trouve dès l’an 1000 au carrefour des routes ouvrants  la voie vers l’Est de l’Europe. La ville devient donc une puissante place commerciale, avant d’attendre son apogée au XII et XIIIe siècle avec ses célèbres Foires, qui deviendront les plus importantes d’Europe. Ce sont d’ailleurs elles qui feront la renommée des comtes de Champagne. Au rythme de trois par an, elles duraient environ plusieurs semaines. Marchands, saltimbanques, drapiers, Seigneurs, arrivaient d’Anjou, de Flandre, de Navarre et d’Italie pour échanger des produits de toutes natures (laine, vin, fourrures, teintures, orfèvrerie mais aussi draps en laine de mouton, la spécialité de Provins) au cœur de ces murailles fortifiées et protégées. La Grange aux Dîmes, sorte de marché couvert, reste l’un des témoins de l’effervescence qui régnait lors des Foires de Champagne. Sa façade en pierre est aussi typique de l’architecture de la ville. Le premier étage servait de boutique et la salle basse d’entrepôt. Le deuxième était loué à des marchands  fréquentant les Foires. Aujourd’hui, transformée  en écomusée, on y découvre des scènes évoquant la vie des marchands et les métiers au temps  des Foires.

Tour César ©EliseChevillard

Un donjon pour un royaume

On la reconnaît par sa forme originale en pointe de crayon, sa prouesse architecturale fait d’elle le symbole de Provins. S’élevant fièrement au sommet d’une motte abrupte, la Tour César est le point culminant de la ville. Elle fut surement nommée ainsi en hommage à Jules même s’il n’est pas attesté que l’Empereur romain se rendit à Provins. Témoin silencieux de l’histoire de Provins, elle fut bâtie au XIIe siècle par les comtes de Champagne et marque l’autorité de ces derniers sur la cité et sa région. C’est l’un des rares témoignages de l’histoire de l’architecture militaire médiévale, symbole de la puissance des comtes. Bien que son rôle militaire fût cependant assez faible, elle vit ses fonctions défensives améliorées au fil des années. La Tour remplit aussi d’autres rôles : Tour de guet, clocher ou encore prison. À l’intérieur de la Tour, la visite libre nous amène sur le chemin de ronde, dans la salle des gardes, les tourelles, la salle basse qui servait à stocker les armes mais aussi la charpente qui habite depuis  1693 les cloches de la collégiale Saint-Quiriace située juste en face. Les pièces voûtées et étroites se succèdent. On monte encore plus haut par des corridors étroits et des escaliers à peine plus large qu’une personne. A la fin de la visite, une scénographie audiovisuelle projetée sur les murs en pierre, retrace la vie à la Cour des comtes de Champagne.

Les Remparts de Provins ©EliseChevillard

A l’ombre des remparts

Imposante, écrasante, elle décourageait l’ennemie qui se risquaient à s’en approcher de trop près. Édifiée au XIII, cette muraille fut bâtie par le comte Thibaut IV de Champagne afin de montrer la puissance des comtes. Haute de 25 mètres, elle ceinturait la ville sur 5 kilomètres, assurant ainsi la défense de l’ancienne route de Paris. Aujourd’hui, il reste 1200 mètres de remparts autour de la ville haute. Uniques, ses tours possèdent des formes architecturales très variées : octogonales, carrées ou circulaires. La Tour aux pourceaux, la Tour aux engins, mais aussi la porte Saint- Jean, la porte de Jouy,  ponctuent cette enceinte et sont des exemples remarquables des portes royales du XIVe siècle.

Depuis la rénovation des remparts, on peut cheminer le long des courtines  mais aussi en contrebas en descendant dans les fossés, côté intérieur ou extérieur des remparts.  Au Moyen Âge, la fauconnerie était l’une des distractions préférées des Seigneurs. Cet art de la chasse au vol connu alors son apogée. A certain moment de l’année, des spectacles de rapaces sont proposés au théâtre des remparts. On vient y admirer le vol des aigles, des buses et des vautours dans un ballet parfaitement orchestré. Une visite libre des volières à l’issu du spectacle est possible.

Et si la rose nous était contée

On le sait moins mais Provins est la capitale de la rose, devenue l’un des symboles de la ville. C’est le comte de Champagne, Thibaud IV qui rapporta des croisades en 1240 la rose de Damas, ou “Rosa Gallica Officinalis”, dite aussi « Rose de Provins ».  Elle est considérée comme l’ancêtre de toutes les variétés de roses et est réputée pour ses pétales légèrement sucrées, ses vertus médicinales et culinaires. On vient l’admirer et la sentir  dans la Roseraie de Provins, un jardin de trois hectares dédié aux roses anciennes et modernes et à son histoire à travers plus de 300 variétés.  Différentes boutiques dans la ville mais aussi à l’Office du Tourisme, proposent des produits à base de rose. La fleur se décline à l’infinie, en confiture, parfum, savon, pot-pourri, thé, confiserie et même moutarde.

Après le rattachement des terres au royaume de France au XIVème siècle, les épidémies,  le déclin des Foires et la modification des routes commerciales, Provins s’endort un peu derrière ses remparts afin de protéger son patrimoine médiéval. Aujourd’hui, elle a remplacé sa gloire de place marchande par une grande réputation touristique  en  devenant l’une des cités médiévales les mieux conservées.

Bal médiéval © C-Garrabet

Bal médiéval © C-Garrabet

Les 15 et 16 juin prochain se déroulera la 36e édition des Médiévales de Provins sur le thème “Fêtes & Réjouissances” ! L’occasion de revivre l’ambiance médiévale des Foires de Champagne grâce aux ménestrels, troubadours, tournois de joutes et théâtre de rue qui rythmeront ces deux jours, sans oublier le bal, la grande parade costumée et les concerts nocturnes.

 

INFOS PRATIQUES : Pour se rendre à Provins depuis la gare de l’Est de Paris, il faut emprunter la ligne P du Transilien, durée 1H30 environ. Sur place, possibilités de nombreuses visites comme : la Tour César, la Roseraie, la Grange aux Dimes, les Souterrains et le musée de Provins qui retrace l’histoire de la ville.