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Sri Lanka : farniente chic et sauvage à Tangalle

Par Florent Mechain / Publié le 26.08.2015
Sur la côte sud de l’ancienne Ceylan, ce village de pêcheurs joue la carte dolce vita, au cœur d’un environnement préservé. Entre plages paradisiaques, nature reine et hôtels pour Robinsons, immersion dans un écrin de songes et de merveilles.

Plaga à Tangalle (photo: Scott Helton via Flickr)
Plaga à Tangalle (photo: Scott Helton via Flickr)

Il est 3 heures du matin et le souffle régulier d’Éole se mêle à la lancinante mélodie de la houle. J’ai mis des bouchons d’oreille mais la symphonie des éléments outrepasse mes défenses auditives. La nuit est intense, vivante, envoûtante, remplie de mystère. Là, dans cette chambre sans fenêtre qui surplombe l’océan Indien, à quelques mètres des rouleaux, je me sens impuissamment spectateur devant la redoutable féérie de la nature sri lankaise.

Nous sommes plus exactement en plein sud du Sri Lanka. Au beau milieu, également. Tangalle, où la présente histoire se déroule, divise l’ex-Ceylan en deux moitiés. D’un côté, à l’est, un littoral sauvage fait de criques inaccessibles, de franges de parcs nationaux et de portions de zones marines protégées. De l’autre, à l’ouest, une succession de stations balnéaires plus ou moins fréquentées, de spots totalement dévoués aux surfeurs et de luxueux resorts, parfois isolés. Et au centre de cette côte méridionale – ainsi que de notre récit –, à Tangalle, donc, un éventail de baies frappées par les vagues, de résidences assoupies et de multiples plages hétéroclites.

Sous la varangue d’une villa de luxe ou d’une case rustique

À l’extrême-Occident de la zone, débutons en évoquant Goyambokka. Ici, point de centre-ville, point de village ni même de bourg ; tout au plus quelques allées sinueuses, poussiéreuses, qui s’enfoncent de la route principale – loin d’être une autoroute – vers l’océan. Au hasard de ces chemins dérobés, une auberge, parfois un panorama sur l’immensité de l’horizon marin, souvent une villa envahie de plantes exotiques. C’est précisément cette végétation qu’il faut pénétrer pour accéder au bord de mer. Sous tels denses feuillages, la traversée via un sentier pentu est aussi sombre que l’arrivée à la plage est aveuglante. De par le miroitement des flots, de par la reluisante pureté du sable blanc chiné. L’idyllique tableau ne serait pas complet sans quelque précieux bar de plage. Transats ombragés, cocktails de fruits frais pressés et discrète musique langoureuse rythment une journée à Goyambokka Beach. Le soir arrivé, on se rassemble sous les varangues, qu’il s’agisse d’une luxueuse villa coloniale ou d’une case rustique et conviviale. Au programme, rires, fruits de mer et enivrante moiteur tropicale.

Reprenons notre itinéraire vers l’est. Quelques kilomètres vers le Levant amènent à Tangalle proprement dit. Le centre-ville est relativement bruyant, animé et sans charme véritablement notable. Mais au fur et à mesure que l’on se rapproche du littoral, les allées s’élargissent, l’air se fait plus plaisant et la circulation se fluidifie pour finir par presque disparaître. La plage éponyme, étroite, offerte au sempiternel ressac, n’est pas encore paradisiaque. Quelques surfeurs y trouvent toutefois leur bonheur et s’aventurent vaillamment entre les intimidantes souches d’arbres et les bateaux de pêcheurs amarrés.

Chaque soir, un barbecue les pieds dans le sable…

Dans le prolongement de cette “plage de ville”, celle de Medaketiya revêt des allures autrement plus attrayantes. Et cela va crescendo en continuant via Medilla Beach. Les restaurants en bord d’eau grimpent en standing. Leurs tables investissent peu à peu le sable – qui, au passage, commence à s’affiner et à gagner en éclat – et s’ornent de chandelles la nuit venue. On parcourt des menus alléchants, où les produits locaux – star fish, crevettes, crabes – retrouvent leur hégémonie. Ajoutons à cela de petites touches typiquement sri lankaises, tels que le kottu roti – un mélange de légumes et de galettes coupés en julienne, agrémenté d’œuf et parfois de viande – ou un cocktail à base d’arrack – l’alcool national –, et l’appétissant ton est donné.

La transition avec Marakolliya se fait tout en délicatesse. On remarquerait presque à peine que la plage devient sublime, que l’océan Indien, bien que toujours agité, arbore un éventail de teintes plus conformes à sa réputation, et que les hôtels revêtent des allures de campements de Robinson Crusoë chics. Mais l’enchanteresse réalité saute ensuite rapidement aux yeux tant la douceur de vivre y est à son paroxysme. On prend le temps de se prélasser, d’observer, d’écouter, de déguster, de rêver. De rêver à un bain dans une piscine naturelle, par exemple. À une sieste dans un hamac protégé par un palmier, sinon. Ou encore au dîner à venir… Car c’est bel et bien un épisode très attendu de chaque journée. Dès le milieu de l’après-midi, les préparatifs du barbecue s’initient sur la plage. L’occasion de se mettre l’eau à la bouche en s’extasiant pendant des heures sur les grillades. Les aficionados des produits de la mer seront aux anges : calamars, requin, énormes poissons entiers… Le tout à volonté, à savourer pieds nus dans le sable, à la lueur d’une bougie. Et alors qu’une chaude brise s’amuse à caresser les joues, le royaume des songes reprend ses droits, porté par les reflets lunaires sur l’onde ténébreuse. Timing idéal pour rejoindre le monde de Morphée, la tête pleine de poésie.

Croisière en canoë au cœur de la mangrove préservée

À nouveau jour, nouvelles perspectives. Trêve de farniente, aussi délectable que cela puisse s’avérer ; place à l’exploration ! Car Tangalle, et plus précisément la zone de Marakolliya, est bordée d’un côté par l’océan Indien, de l’autre par une lagune envahie de mangrove. En marchant sur la plage, on déambule donc sur une langue de sable prise en étau entre deux univers, aussi sauvages l’un que l’autre. Cette fois, c’est donc au lagon “intérieur” que nous allons nous consacrer. Les parages méritent largement qu’on leur accorde une pleine attention, eu égard à la sérénité et à l’esthétisme qui s’en dégagent. Le meilleur moyen pour parcourir ce secteur ? Un canoë ou un katumaran, emblématique bateau du Sri Lanka. Dans cette atmosphère préservée, on glisse sur l’eau en jouant à l’apprenti ornithologue. Quantité d’oiseaux virevoltent au passage de l’embarcation et saluent de leur chant les allées et venues dans leur sanctuaire. Fleurs exotiques, cocotiers, iguanes… garnissent ce décor si paisible. Le temps semble suspendu à une époque où la nature indomptable régnait encore.

Ce n’est pas vraiment une illusion puisque, non loin d’ici, de retour côté mer, la plage est régulièrement le théâtre d’un mémorable spectacle : la ponte des tortues. De Marakolliya à Rekawa, à plus de 10 kilomètres, les reptiles viennent enfouir leurs œufs dans le sable. À la saison de l’éclosion, les jeunes animaux rampent jusqu’à la mer pour recouvrer leur liberté. Des ballets inoubliables, garants de souvenirs impérissables, qui connaissent une apogée nocturne.

Revenu à ma chambre avec vue, je profite alors de cette sensation d’excitation, de bien-être, dont ce moment privilégié m’a empli. Je plonge dans une bulle de méditation et, désormais, me sens en pleine osmose avec le grandiose environnement qui m’entoure. Je ne suis plus simple spectateur, me voilà acteur de la magique nature sri lankaise. La nuit est toujours aussi intense, toujours aussi vivante, toujours aussi envoûtante, toujours remplie de mystère. Mais, cette fois, je suis dans la confidence.

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