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Philippines : au cœur des rizières de Luçon

Par Florent Méchain / Publié le 13.02.2014
Fort de 7 107 îles, l’archipel dissimule des décors et des cultures pour tous les goûts. Sur Luçon, la plus grande de ces terres, dans le nord du pays, les activités à pratiquer et les paysages à admirer sont aussi mémorables que diversifiés. En point d’orgue : les célèbres rizières en terrasse.

Les rizières de Banaue (Photo: Tralphe XY via Flickr)
Les rizières de Banaue (Photo: Tralphe XY via Flickr)

Grouillant de circulation, fief absolu des jeepneys (des minibus collectifs emblématiques), Manille, au centre de Luçon, constitue la capitale et la principale porte d’entrée. Y déambuler quelques jours permet de prendre le pouls du pays, mais aussi de découvrir ses nombreux trésors. Cathédrales et églises sont de belles vitrines de la ferveur des Philippins. Ceux-ci apprécient également le boulevard Roxas, sur lequel ils flânent en longeant la baie. Le fleuve Pasig, lui, borde le quartier d’Intramuros, véritable havre intemporel, où l’on s’imprègne du Manille d’il y a quelques siècles.

Les marchés, notamment celui de Quiapo, fourmillent d’intensité tout au long de la journée. En soirée, l’animation n’est pas en reste ; Malate en concentre une part importante, avec ses établissements nocturnes et ses stands de rue. Quant au shopping, cela semble être un sport national tant les (immenses) centres commerciaux s’avèrent fréquentés. En témoigne le gigantesque Mall of Asia, l’un des plus grands du continent, avec sa moyenne de 200 000 visiteurs quotidiens.
L’agitation est donc le maître-mot de la cité, au point qu’elle en devient parfois étouffante. C’est ainsi avec engouement que les visiteurs la délaissent pour les contrées plus sereines du nord de l’île.


Banaue et la huitième merveille du monde

Direction la Cordillère centrale, où l’air pur et frais des montagnes a établi son royaume. Première étape du contemplatif circuit septentrional : Banaue. Cette petite ville ne renferme pas de site particulier, mais elle représente le camp de base idéal pour explorer les beautés alentour. C’est l’épicentre des rizières construites il y a deux mille ans par les Ifugao (des coupeurs de têtes bâtisseurs et sculpteurs), inscrites au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco.

Au départ de la corniche de Banaue, sur laquelle sont concentrés hôtels, restaurants et bars, une courte marche amène au village de Tam-an. Ici débute une somptueuse balade, le long d’un canal d’irrigation qui serpente au milieu de chutes d’eau, de plantations de riz et de forêt touffue. Les points de vue sont sublimes, l’atmosphère paisible. Sur le chemin de Poitan, on croise quelques rares habitants, qui jouent aux cartes devant leurs maisons traditionnelles en bois tout en s’amusant d’histoires farfelues.

Non loin de Banaue, d’autres sites offrent aux yeux ébahis le spectacle de rizières en terrasse, dépeintes comme la huitième merveille du monde : le sommet d’une montagne tutoyant les nuages, un lacet de route sinueuse adossée à une falaise, une piste de terre boueuse échappée des brumes matinales… Les splendeurs se dénichent à chaque carrefour.


L’amphithéâtre de Batad, réputé mais isolé

À quelques roues de tricycle de là, un chemin caillouteux mène au bourg de Batad. L’accès est ardu, l’endroit sait se faire mériter. La cascade de Tappia, haute de 30 mètres, surgit d’entre la végétation luxuriante et déverse des torrents glacés vers des pierres allongées. De quoi se prélasser quelques instants avant ou après un trek éreintant. Les parcours donnent à s’extasier devant les versants tapissés d’une kyrielle de verts, devant de discrètes rivières translucides enfouies dans la jungle épaisse, devant des villages assoupis extirpés d’un âge antique. Les randonneurs avides d’explorations tropicales sont au paradis.

Un suave parfum de bout du monde flotte dans l’air humide. Par bonheur, Batad est réputé mais encore peu fréquenté. De petites auberges sur pilotis sont rassemblées à Chung Chung, entassées au sommet cette colline qui surplombe la zone. Ces gîtes familiaux permettent de déguster des plats typiques (adobo, du poulet braisé à l’ail ; pancit, des nouilles sautées aux épices…) dans une quiétude inestimable. Des salons, on se délecte du panorama sur les bicoques en contrebas. Les rizières en terrasse encerclent celles-ci, pour former le fameux « amphithéâtre ». Une ode visuelle à la noblesse des lieux, comme une symphonie orchestrée par les rais de soleil caressant l’écrin rocheux.


À Sagada, des grottes aux sommets embrumés

C’est également bercé par une délicieuse lumière que l’on peut prendre son petit déjeuner sur un balcon, à Sagada, à une soixantaine de kilomètres de Banaue. Le must ? Goûter un yaourt artisanal, spécialité locale, et détailler les allées et venues des passants sur la rue principale pentue. Idéal pour faire le plein d’énergie avant d’entamer une des multiples promenades des environs.

La région est célèbre pour ses vallées escarpées, parsemées de cercueils suspendus aux parois à pic. Ces caisses funéraires de l’ethnie Sugong tapissent aussi des grottes, parfois depuis plusieurs siècles. Les aventures spéléologiques amènent au centre de la Terre, dans une obscurité spirituelle entrecoupée par les anecdotes du guide. Et par les flashs de sa lampe torche…
De retour à la surface, on reprend de la hauteur au Mont Kiltepan. Le tableau à 360° est idyllique. Rizières, canyons et montagnes se confondent pour ne former plus qu’un, un seul et unique relief qui éblouit autant qu’il époustoufle.

Les chutes d’eau de Bokong ou encore l’Echo Valley s’arpentent pareillement, dans une béatitude soumise à l’entremêlement des teintes naturelles et des matières rutilantes. L’onirisme est à son paroxysme à l’aurore, quand un brouillard bleuté enveloppe le jeepney qui dévale la chaussée cabossée. Les pétaradants minibus de Manille sont à des années-lumière, ici ne règnent que calme et volupté.

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