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Pornic, une perle de Jade sur son rocher de schiste

Par Elise Chevillard / Publié le 20.07.2016
Pornic. Son port de pêche, sa ville haute, ses criques d’îlots rocheux, ses belles villas assoupies à la morte saison et sa corniche rocailleuse, en font le sel et le charme de cette petite ville. Située sur le littoral océanique de la Côte de Jade, Pornic est une station balnéaire, entre mer et campagne, à la fois sauvage et chic.

Photo: Office de tourisme de Pornic
Photo: Office de tourisme de Pornic

Même sous la brume, Pornic est belle. Ce matin, elle est encore endormie, en attestent les nombreux volets fermés. La haute saison n’a pas encore commencé et la station est rendue pour quelques temps encore à ceux qui y vivent à l’année. Telles des taches de couleurs flottant au vent, les fanions colorés annoncent l’entrée dans la ville haute. Le charme est ici tout médiéval. Les jours de marché, les halles datant de 1609 s’animent. Les toits forment un dégradé de rouge et de bleu, de tuiles et d’ardoises. On se perd dans le dédale de ces ruelles où volètent un peu partout des drapeaux noirs et blancs. Car ici, on revendique son appartenance historique à la Bretagne. Soudain, entre deux maisons, une échappée sur le vieux port. Des escaliers s’y insinuent et déroulent leurs marches jusqu’au port. S’avançant vers l’océan, le château est son gardien, témoin muet de l’histoire de la ville.

Ancien repaire de corsaires

Avant de devenir une station balnéaire, Pornic fut un grand port jouissant d’une situation privilégiée en bord de mer et des baies de sel. Elle attira les convoitises et son histoire fut marquée par ses nombreuses invasions. Romains, Sarrasins, Vikings… La cité se protège en édifiant une forteresse pour défendre la Bretagne à qui elle est réunie depuis 851. A l’origine en bois au Xe siècle, le château sera reconstruit en pierre deux siècles plus tard. Et il deviendra au XVe siècle l’une des résidences du tristement célèbre Gilles de Rai, qui inspira le conte de Barbe Bleue. Dès le XVIIe siècle, la piraterie fait rage et n’épargne pas Pornic qui devient un port corsaire.

Photo: OT Pornic

Le chant des mâts

Au pied du château, Pornic s’est développée autour de son vieux port, duquel elle en tire son nom : Porniti. Ce dernier qui connut son âge d’or entre 1800 et 1923, ne vit aujourd’hui qu’au rythme des marées. Dans une odeur de vase, de sel et d’algues, quelques vieux gréements, bateaux de pécheurs et chalutiers y mouillent, figés dans le sable humide. Tous tournés vers le large, ils attendent patiemment leur délivrance. Dressés et ballottés par les vagues, les mâts s’entrechoquent. Ou peut-être trinquent-ils à la santé de la mer. Le long du quai Leray, se pressent et se mélangent boutiques de maillots de bain, de souvenirs et autres colifichets.

Symphonie gustative

Le style de ce bol est reconnaissable entre mille. Des oreilles bordées de bleu épongé, un prénom calligraphié à main levée et un petit couple de bretons vêtus de leur costume traditionnel au fond. Depuis 1950, la faïencerie de Pornic fabrique ce célèbre bol prénom. Mais la cité balnéaire se distingue également par sa gastronomie. A La Fraiserais, on décline et sublime ce fruit depuis 1980. C’est en 1970 que Joseph Maillard, propriétaire de quelques hectares de terrain à Pornic, commence à cultiver des fraises. Après les confitures et les sirops, il se lance dans les sorbets et ouvre sa boutique en 1985. La couleur de la glace à la fraise n’est pas ce rose pâle que l’on a l’habitude voir. Elle est vive et soutenue, avec un petit goût iodé.

Pas question de passer au dessert sans passer par le fromage. Le Curé Nantais est un personnage de la région. Mais il n’a de Nantais que le nom. C’est l’histoire d’une rencontre entre un curé venu de Savoie en 1880 et un agriculteur Pierre Hirvet, qui a donné naissance à ce petit fromage carré à patte molle. Aujourd’hui, dans la fromagerie installée un peu en dehors de Pornic, on perpétue la tradition. Le lait collecté dans la région est brassé dans des cuves en cuivre. Une fois le lait caillé et le fromage moulé puis lavé, ce dernier sera ensuite affiné le temps de voir sa couleur prendre une teinte orangée. De nombreuses déclinaisons existent, comme l’affinage au muscadet.


Ville d’eau de mer

Une fois passé le château, un sentier borde les falaises, ponctué ici là par des pépites architecturales. La corniche de la Noëveillard qui longe le port de plaisance abrite de belles demeures. Ces villégiatures furent construites au XIX e siècle pour accueillir les bourgeois qui se pressaient alors à Pornic afin de profiter des vertus thérapeutiques de l’eau de mer. C’est l’âge d’or des cures thermales et des bains de mer chauds. A l’entrée du port de plaisance, la Malouine est la première villa balnéaire construite en 1840. Elle lança la mode des maisons de vacances. On raconte même que la famille des chocolats Meunier l’habita. Les pieds dans l’eau à marée haute, cette demeure se laisse difficilement approcher. Son toit à l’italienne,son balcon suspendu et ses arbres plats aux allures de pins parasols, font prendre à Pornic un accent méridional. Plus loin, la plage de la Noëveillard est la plus grande et la plus proche de la ville. Face à elle, la mer s’étire jusqu’à Noirmoutier. Le ciel gorgé de pluie, peine à se retenir.

Photo: OT Pornic

Belles demeures « au bois dormant »

De l’autre côté, le long de la corniche de Gourmalon, le sentier se fraye un passage parmi les aubépines, entre la mer et les villégiatures, témoins de la grande époque. C'est après l'arrivée du train en 1875 que le quartier de Gourmalon va se développer. Telles des gardiennes silencieuses de la côte, les villas se dressent accrochées aux rochers. Leurs façades sont cachées derrière les grands murs de pierre, de briques et de bois. Et il faut parfois se tordre le cou pour les apercevoir. Avec leurs volets clos aux couleurs vertes, rouges sang ou bleues ciel, et dans l’ombre de leur végétation, on imagine ces villas pleines de secrets, théâtre d’intrigues policières. L’architecture y est tout aussi étonnante, enrichie de fantaisies et d’ornements. Certaines façades dentelées de blanc ressemblent à des chalets. D’autres, sont plus granitiques. Par beau temps, il faut imaginer l’océan couleur de jade. Aujourd’hui, c’est à peine si l’on distingue le ciel de la mer. Le long du littoral, les plages se succèdent. Ceux en quête de tranquillité, courtiseront plutôt les petites criques intimes et protégées au sable orangé. Les pieds des falaises léchés inlassablement par les vagues, prennent une couleur plus sombre par endroit. Grignotées par les flots, elles ressemblent à des mille-feuilles.

Photo: OT Pornic

D’étranges cabanes sur pilotis

Le long du sentier, on peut découvrir une soixantaine de petites cabanes en bois, blanchies par le temps, qui émaillent le littoral et s’accrochent à la côte. Perchées sur leurs jambes fragiles, ces pêcheries s’avancent dans la mer, leurs filets déployés. Accessibles grâce à un ponton, certaines portent même un numéro, comme de véritables maisons. Avant 1900, on s’en servait pour pécher sans prendre la mer. Grâce à un carrelet (filet) démontable et suspendu à de longues perches de châtaigniers, les pécheurs remontaient éperlans, plies, mulets, soles et bars. Ainsi naquirent les pêcheries. Jadis, elles étaient faites de bric et de broc. Aujourd’hui, certaines ont même l’eau courante et l’électricité. A l’image de Pornic, ville préservée mais non figée.

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