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Place des Vosges: Royalement votre

Par Elise Chevillard / Publié le 30.03.2015
A quelques encablures de Bastille la tumultueuse, se cache l'élégante et romantique place des Vosges. Située au cœur du Marais, la plus ancienne place de Paris s'offre aux passants en quête d'une pause hors du temps. Ils viennent goûter à son calme sous les arcades, se prélasser sur la pelouse du square Louis XIII et mettent leurs pas dans ceux des illustres résidents de la place. Suivant que l'on porte son regard ici ou là, elle se dévoile, à la fois urbaine et sauvage. Construit il y a plus de 400 ans, le lieu a su traverser les siècles en gardant un doux parfum d'antan.

Place des Vosges (Photo: S. Ramsaier via Flickr)
Place des Vosges (Photo: S. Ramsaier via Flickr)

Flâner place des Vosges, c’est un peu effectuer un voyage au temps des rois de France, même si aucun d'entre eux n'en fit sa demeure. On y accède par quatre entrées dont celles du Pavillon du Roi et de la Reine, qui se font face majestueusement. Composée de 36 hôtels particuliers autour d'une place carrée, c'est la première place à Paris à avoir été conçue de manière aussi ordonnancée et symétrique. Arrière-cours pavées et jardins secrets se dissimulent derrière chaque pavillon. Selon les saisons, la brique rouge des façades prend un éclat différent et tranche avec le bleu des toitures en ardoise d'Angers. L'harmonie des formes et des couleurs se fait ici toute en subtilité. Les arcades qui courent le long de la place permettent encore de se promener à l'abri des intempéries. Ce sont les premiers passages couverts de la capitale.

Anciennement place Royale de Paris

C'est Henri IV qui en 1605 entreprend la construction de la place des Vosges, afin d'en faire une fabrique de draps. Assassiné en 1610, il ne verra cependant jamais l’achèvement du chantier. La place telle qu'on la connaît est alors inaugurée par son fils Louis XIII lors de ses fiançailles avec Anne d'Autriche en 1612. Et prend le nom de place Royale. En son centre, un jardin public bordé d'arbres s'étend autour de la statue équestre du roi Louis XIII. Sous les arcades où les marchands ont installé leurs échoppes, on assiste à l'incessant ballet de mondains et d’élégantes lors des promenades dominicales. La place fait alors figure de capitale du Marais, quartier très prisé à l'époque. Après avoir plusieurs fois changé de nom, elle prend définitivement celui de place des Vosges en 1800, pour rendre hommage au premier département ayant acquitté ses impôts. Elle est classée monument historique depuis 1954 et retrouve, à partir de 1970, sa beauté d'antan après les travaux de restauration.

Restaurants, cafés, commerces de luxe (bijoux, sacs) et de bouche animent aujourd'hui les arcades. En passant devant la boutique des Frères Dammann, on peut sentir ainsi les effluves de thé qui s'en échappent. Pour une halte gourmande, laissez-vous tenter par le salon de thé-pâtisserie Carette, véritable temple de la douceur sucrée. Dans un décor façon Années folles, le macaron se décline sous toutes les saveurs. A savoir aussi: une adresse gastronomique confidentielle se situe au numéro 9, l'Ambroisie qui sert une cuisine alliant tradition et modernité. Ce restaurant aux 3 étoiles est installé sur la place depuis 1986. Et c'est entouré des tapisseries d'Aubusson que l'on déguste la spécialité de la maison, la feuillantine de langoustines aux graines de sésame.

Une quinzaine de galeries d'art

Mais que serait la place des Vosges sans ses galeries d'art ? Elles qui rythment la promenade sous les arcades, et dont les vitrines sont des promesses de voyage. Créée en 1985, la Galerie 26 est la plus ancienne de la place. "A cette époque, explique son directeur Jean-Luc Couillaud, l'endroit était assez austère, peu fréquenté". Ce sont alors des antiquaires, bouquinistes et autres artisans qui occupent les lieux. C'est donc un peu par hasard qu'il y installe sa galerie. Il faudra attendre les années 90 et les différentes restaurations de la place pour que commencent à s'implanter les galeries d'art. Comme la Galerie 26, notamment, qui expose des peintres figuratifs et contemporains, comme Julian Taylor ou Jean Arcelin...

Citons également la Galerie Colorfield. Dédiée à la création contemporaine, elle expose des artistes émergents ou confirmés à travers une dimension internationale. Ici, la couleur est de rigueur.

Les habitants de la place

Source d'inspiration, la place des Vosges a vu défiler depuis sa création de nombreux personnages illustres ou sortis de l'imagination littéraire. Alexandre Dumas évoquera ce lieu dans son roman La Reine Margot et y logera Milady au numéro 6, dans Les Trois Mousquetaires. Georges Simenon y demeura, ainsi que son commissaire Maigret qui y fera un court séjour au numéro 21. Parmi les résidents ayant existé, on compte la Marquise de Sévigné qui voit le jour au 1 bis, en 1626. Le numéro 8 hébergera successivement le poète Théophile Gautier puis Alphonse Daudet. Mais le plus célèbre habitant de la place des Vosges reste l'écrivain Victor Hugo qui y résidera entre 1832 et 1848, au deuxième étage de l’hôtel Rohan-Guéméné. Aujourd’hui, sa maison est transformée en musée.

Victor Hugo s'installe avec sa famille dans ce coin de la place des Vosges, en 1832. Il a 30 ans et y restera pendant 16 ans avant de partir en exil. C'est ici que furent écrits une partie des Misérables et qu'il coucha les vers de Ruy Blas. Créé en 1902, année du centenaire de la naissance de l'écrivain, le musée garde des traces de sa vie familiale, littéraire, politique et mondaine. Le premier étage est dédié aux expositions temporaires, ainsi qu'aux dessins de Victor Hugo. La visite de sa demeure - même si elle n'est plus configurée comme à l'époque- débute à l'étage suivant. L'antichambre évoque ses souvenirs d'enfance et sa jeunesse. Le salon tendu de damas rouge restitue l'atmosphère familiale. Le parquet grince et les pièces se succèdent : salon des cuirs, salle à manger d'inspiration moyenâgeuse, salon chinois...Le temps ici semble suspendu. Meubles anciens et objets chinés permettent de restituer l’atmosphère du lieu. Dans la chambre de velours rouge de l'écrivain, on peut voir la fameuse écritoire surélevée sur laquelle Hugo composait debout. C’est aussi dans le lit de cette maison qu'il s’éteint en 1885.

La Maison Victor Hugo (Photo: J. P Dalbéra via Flickr)


Le luxe discret de l’Hôtel "Le Pavillon de la Reine"

De l'autre coté de la place, on raconte qu'Anne d'Autriche passa sa nuit de noce dans une des ailes du Pavillon de la Reine. D’où le nom donné à cet hôtel 4 étoiles qui voit le jour en 1985. Nous sommes ici dans un havre de paix, une adresse hors du temps, entourée de jardins ombragés. Derrière l'élégante façade de l’hôtel, le luxe se décline, discret, raffiné, jamais tape à l’œil. Le décor historique est revisité par touches contemporaines. L’hôtel compte 54 chambres et suites toutes décorées de manière différente. Il y règne un sentiment de sérénité et de calme. On se sent un peu comme à la maison. Les nombreux services proposés feront de votre escale un moment privilégié : room-service, spa, salle de fitness, honesty bar... Et peut-être croiserez-vous près de la cheminée du salon, l'actrice Nathalie Portman, qui vient s'y ressourcer lors de ses voyages à Paris.

A l'arrivée de la nuit, la place rendue à ses habitants redevient silencieuse. On peut y entendre les arbres converser et les murs chuchoter. Derrière les fenêtres éclairées, passent des silhouettes. Qui sont-elles ? Les ombres du passé semblent côtoyer les ombres du présent. Dans un coin de la place, une petite porte dérobée, vous permettra d'accéder au jardin à la française de l'Hôtel de Sully. Vous pourrez ainsi rejoindre la rue Saint-Antoine et continuer, avec volupté, votre visite dans la capitale.
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