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Miami Beach, le charme de la diversité

Par Florent Méchain / Publié le 30.12.2015
Créée au début du XXe siècle, cette ville s’étire sur une île étroite, entre côte floridienne et océan Atlantique. Alors que ses quartiers sud sont un fleuron du tourisme américain, les zones plus au nord se révèlent parfois secrètes et sauvages. Voici une journée de balade dans cet univers aux séduisantes contradictions.

Miami Beach (Photo:Daniel Chodusov via Flickr)
Miami Beach (Photo:Daniel Chodusov via Flickr)

Tout un paradoxe. Petite ville – sa superficie terrestre équivaut à celle de Nevers – dans une vaste agglomération – l’une des huit plus grandes des États-Unis –, importante scène du Springbreak (les « folles » vacances de printemps des étudiants) mais ronronnante hors saison, véritable épicentre de l’architecture Art déco alors qu’elle abrite de nombreuses oasis sauvages… Miami Beach cristallise la diversité sur laquelle l’Amérique s’est bâtie. Ce qui ne l’empêche pas de posséder une identité bien trempée. Cette personnalité qui m’a séduit, d’ailleurs, alors que je n’imaginais que plages, boutiques et restaurants.

Certes, voici là un trio qui constitue la fine fleur du village. Inévitablement, le littoral oriental, parfaitement rectiligne nord-sud, se prête à merveille aux réveils matinaux. Le lever de soleil sur l’horizon de l’Atlantique, la tranquillité de cette longue bande de sable délicat, la température qui n’est encore que douceur… Et ces cabanes de sauveteurs, des balises colorées aussi mythiques que photogéniques, qui n’étincellent jamais autant qu’avec les jeunes lumières. Le shopping est tout aussi brillant, entre enseignes de luxe, magasins de design, corners vintage. De quoi absorber un intermède pluvieux, une frénésie acheteuse ou une envie curieuse. Quant à la restauration, elle se révèle éclectique, tantôt fine et gastronomique, tantôt rustique et pantagruélique. Le palais s’y perdrait presque.

S’y retrouver dans cette offre pléthorique passe tout d’abord par une bonne connaissance des lieux. South Beach, ou SoBe, représente la zone située en-dessous de la 21e Rue. Vient ensuite Mid Beach, qui s’étend jusqu’à la 46e. Enfin, North Beach occupe la partie septentrionale de la ville, jusqu’à la 87e Rue. Et j’ai continuellement trouvé mon bonheur dans chacun de ces quartiers. J’aime initier mon périple à South Pointe Park, l’extrémité méridionale de l’île. De cet espace vert au gazon digne d’un green, aménagé avec des transats, des fontaines, je me plonge dans les lueurs aurorales qui embrassent l’océan. À l’opposé, mon regard se tourne vers la skyline de la métropole, en arrière-plan de la baie de Biscayne. J’ai deux mondes à ma portée, celui de l’effervescence, de la grandeur de « la Porte des Amériques », et celui de la sérénité, de la coquetterie de « ma » langue de terre. Devant tel tableau, la journée ne peut que s’annoncer radieuse.

Jetpack ou yoga sur la plage, Springbreak ou Fashion Week

South Beach est un environnement étonnant. Je peux, dans la même heure, m’égarer dans la luxuriance du jardin botanique, faire du lèche-vitrines sur l’artère piétonne Lincoln Road Mall, me recueillir devant la Casa Casuarina (la villa de feu Gianni Versace, où celui-ci fut abattu, en 1997), m’ébahir devant les façades légendaires des hôtels (Delano, Lowes, Shelley…) du Art Deco Historic District et récupérer un segway de location. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, sachant que j’arrive constamment à bien garnir mes journées. La pléiade d’activités proposées y contribue largement : surf, jet-ski, plongée, circuit en hors-bord, jetpack (un propulseur qui permet de voler au-dessus de l’eau), stand up paddle, yoga sur la plage… La liste serait interminable : disons simplement que quasiment tout est envisageable. Et ce, toute l’année. Une fois de plus, sans que cela soit exhaustif, je peux assister aux expositions de l’Art Deco Weekend en janvier, aux shows culinaires du réputé Wine And Food Festival en février, aux incroyables fiestas du Springbreak en mars-avril, aux défilés de l’une des Fashion Week en mai, aux matchs à même le sable de la Coupe du monde de polo en novembre, aux installations contemporaines de l’Art Basel en décembre… South Beach remplit mon agenda sans pareil.

Le Boardwalk, joyau de quiétude de Mid Beach

La profusion d’animation du quartier sud n’a d’égal que l’opulence de quiétude de Mid Beach. Tout un paradoxe. Ici, côté ouest, le golf de Bayshore. À cœur, les méandres de l’Indian Creek et les prémices du Surprise Lake. Là, côté est, perpétuellement ce bord de mer longiligne. Mais à la différence de celui des rues inférieures, il se pare dorénavant de l’attrayant Boardwalk. Ce qui n’était jusque-là qu’un agréable chemin de balade s’est mué en somptueuse promenade de bois. Le décor s’est fait indomptable, les alizés sont sortis de leur tanière. Un souffle de plénitude emplit l’atmosphère, le soleil miroite sur les planches. L’astre en profite également pour se refléter sur les vitres des condominiums, à main gauche. Dans l’enceinte de ces immeubles balnéaires, des piscines, des jardins, des hamacs, des terrasses ombragées. Je croise une foultitude de joggeurs, qui se repaissent autant que moi de ce cadre enchanteur et paisible. La trilogie symphonique est magistrale : le ressac entêtant des vagues cadencées, le sifflement du vent tourbillonnant, les craquements du Boardwalk sous mes pas. À cet instant, mes oreilles se délectent de Mid Beach autant que mes yeux s’en émerveillent. L’univers de South Beach, aussi détendu soit-il en comparaison de Downtown, semble tout de même à mille miles. Ma petite marche m’amène aux pieds d’un duo de glorieux hôtels de l’Âge d’or miaméen. Emblématiques de l’architecture MiMo (pour Miami Modern), le Fontainebleau et l’Eden Roc se toisent, rivaux devant l’éternel. Quand le premier, le plus ancien des deux, accueillait le tournage de Goldfinger ou de Starface, le second hébergeait Dean Martin, Frank Sinatra et autres membres du Rat Pack. Ces joyaux de l’après-guerre ont quelque peu perdu de leur aura internationale à l’heure actuelle, il n’empêche : ils en imposent toujours lorsqu’on se mesure à leurs lignes régulières et massives.

Sur les îles alentour, dolce vita et luxueuses villas de stars

J’évolue alors à proximité de la 46e Rue, à l’orée de North Beach. La péninsule entre l’Atlantique et l’Indian Creek s’affine et s’affine encore. La plage s’étire sans interruption, les resorts s’alignent, colossaux, stoïques face au théâtre de l’océan. À mi-parcours, sur l’autre rive de la crique, à nouveau un golf, celui de La Gorce. Les complexes commencent à s’espacer, le calme regagne ses lettres de noblesse. Côté « rue », de belles avenues bordées de palmiers rappellent la Californie. Avant d’atteindre le North Shore Open Space Park – un espace vert à ciel ouvert, tropical et hirsute, qui jouxte immédiatement le sable –, je bifurque vers le « continent ». Un petit pont traversé et je débarque à Normandy Isle, impatient. Sur cette île aux accents méditerranéens, la dolce vita est de mise. Pas de hauts buildings, que des constructions basses ; de minces allées aux noms chantants et évocateurs – Versailles, Notre Dame, Trouville, Vendome… –, témoins des origines du créateur de l’endroit (le Français Henri Levy) ; un cocktail de restaurants et de bars de charme ; étonnamment, un golf… Me voilà aux confins de Miami Beach et je déambule avec curiosité, épiant, auscultant, accostant les demeures cossues.

J’achève mon périple par une croisière dans la baie de Biscayne, qui revêt progressivement des allures crépusculaires. Aux abords de Star Island et Fisher Island, le haut-parleur évoque les villas – monumentales – de Gloria Estefan, Don Johnson, Oprah Winfrey… Cette fois, évidemment, impossible de les approcher. Tout un paradoxe.

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