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Marseille, le charme coloré de la Méditerranée

Par Élise Chevillard / Publié le 10.08.2015
C’est à pied et au rythme nonchalant de la flânerie du sud que se livre la cité phocéenne. Du Vieux-Port au Panier, la plus ancienne ville de France dévoile ses visages changeants qui la racontent.


Fille de Phocée

Le voyageur qui voit Marseille pour la première fois ne peut s’empêcher de sentir en elle des parfums orientaux. Et les étals odorants où se côtoient agrumes et viandes grillées ainsi que les tissus colorés des femmes, lui évoquent les souks marocains. Mais il se croit aussi transporté en Italie. Le désordre des rues bouillonnantes, bruyantes et poussiéreuses lui rappelant le fatras de Naples. C’est ça Marseille, une palette de couleurs et d’odeurs, une ville de passage et de brassage aux portes de l’Orient, nourrie par plusieurs siècles de mélange culturel et de métissage.

Vers l’an 600 avant J-C, des marins grecs venant de Phocée, une ville grecque d’Asie Mineure, abordèrent les côtes pour y fonder Massalia. La cité phocéenne naquit donc de la rencontre entre la terre et la mer, de l’union entre une princesse ligure et d’un marin d’Asie Mineure.

Sur le Vieux-Port

Ici, la lumière gorgée par le soleil éblouit et frappe le voyageur. Le mistral qui chasse les nuages, fait chanter les vieux gréements du port, aujourd’hui de plaisance. Le cliquetis des haubans sur les mâts des voiliers, le craquement du bois et les clapotis de l’eau interprètent une partition à 3 voix. Le Vieux-Port est depuis 26 siècles le théâtre où se joue l’histoire de Marseille. Centre économique jusqu’au milieu du XIXe, c’est un port ouvert sur le commerce de la mer Méditerranée, puis des colonies françaises. Un port aussi d’exil, gardé par deux forts : le fort Saint-Jean et Nicolas, héritages des fortifications voulues par Louis XIV pour protéger la cité.

Au sommet de son piton rocheux, la Bonne Mère, ou Notre-Dame de la Garde veille sur le port et offre un beau panorama sur la ville et la rade. Mais aussi sur les nombreux restaurants au coude-à-coude qui servent la traditionnelle bouillabaisse, au nom peu ragoûtant, (mais seulement de nom), une soupe de poissons accompagnée de rouille. Justement, le poisson. Chaque matin, les pécheurs viennent proposer leur pèche fraichement débarquée de leurs filets, sous l’œil avide et gourmand des goélands. Rougets, bars, pageots, oursins, dorades… C’est avec l’accent du soleil que les vendeuses haranguent les passants. Vivant et coloré, ce marché aux poissons qui fut autrefois appelé la Criée reste une institution pittoresque avec ce petit goût du Sud.

Avant de quitter le port, impossible de ne pas remarquer cet immense plafond-miroir posé au-dessus des têtes. Créée pour l’année 2013 quand Marseille fut capitale de la culture, l’Ombrière signée de l’architecte britannique Norman Foster, apparaît entre ciel et mer, pour offrir une perspective inversée sur le Vieux-Port, mais aussi un peu d’ombre aux passants et aux marchands de poissons.

Quand Marseille nous est contée

Pour découvrir le passé de Marseille, rendez-vous à quelques encablures du Vieux-Port, au Musée d’Histoire de la cité. L’espace restitue plus de 2600 ans d'histoire, dès premières occupations préhistoriques aux développements urbains contemporains. Et s’ouvre sur le « jardin des Vestiges ». On peut y voir des vestiges de la Marseille grecque et romaine en admirant des amphores, des bijoux, des pièces de vaisselles et des statues.

En s’éloignant de la ville haussmannienne et de ses artères bruyantes, direction les ruelles étroites du plus ancien quartier de Marseille, là où il est bon de s’y perdre à l’heure de la sieste.

Le Panier : village méditerranéen aux venelles suspendues

Situé au nord du Vieux-Port, derrière l'Hôtel de Ville, le Panier doit son nom, non à sa forme, mais bien à une auberge dont l’enseigne était un panier. Certains l’appellent le « petit Montmartre de Marseille », dont les rues pavées et étroites rappellent toujours qu'il est l'une des parties les plus anciennes de la ville. Il sise sur l’emplacement de l’antique Massalia grecque. L’ascension du Panier se fait par la montée des Accoules. Tendues entre les façades bigarrées, façon napolitaine, les cordes à linge bien garnies traversent les venelles. Le voyageur se perd dans un entrelacs de ruelles que viennent rompre de paisibles places ombragées (comme celle de Lenche) et où musardent ceux qui ne quitteraient pour rien au monde ce village dans la ville. Refuge des immigrés et des marins, le quartier fut en partie rasé lors de l’occupation, ses ruelles sombres et sinueuses constituant une parfaite cachette pour les Résistants. Aujourd’hui, ce n’est plus le coupe-gorge d’antan, ni le quartier pauvre et insalubre du XVIIIe. Depuis, il a fait sa mue grâce à des réhabilitations successives sans pour autant perdre son âme. Il connaît aujourd’hui, une nouvelle vocation : artistique et touristique. Dans la fraîcheur des petites rues, le promeneur a le choix entre les galeries, les ateliers de céramistes et autres commerçants de bouche et maîtres savonniers.

Mais le panier est aussi gourmand. Au 68, de la rue Caisserie, un parfum de fleur d’oranger vient titiller les narines du passant. Au royaume du biscuit marseillais, voici la navette ! Croquante, dorée et légèrement sucrée mais surtout craquante, elle cache derrière son apparente simplicité un véritable savoir-faire. C’est le même geste depuis des siècles, la même recette (farine, sucre, beurre, œufs et quelques ingrédients secrets). Ce petit gâteau sec qui évoque une barque était généralement préparé pour la Chandeleur à la place des crêpes.

À la fois solaire et sombre, Marseille séduit ou déconcerte selon qu’on regarde l’un ou l’autre de ses profils. Mais ce qui est certain, c’est qu’elle garde le charme et l’authenticité des villes méditerranéennes.

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