Magazine

Madagascar : le long de la Nationale 7

Par Florent Mechain / Publié le 06.02.2015
Sur près de 1 000 kilomètres, cette mythique route traverse l’Île rouge, des hautes terres du centre à la côte sud-ouest. De Tana à Tuléar, découverte d’un incroyable éventail de peuples captivants, de paysages époustouflants et de cités mémorables.

La Route Nationale 7 en direction du sud de Madagascar (Photo: Rackyross via Flickr)
La Route Nationale 7 en direction du sud de Madagascar (Photo: Rackyross via Flickr)

Après un burger de zébu au grandiose Café de la gare, après un tea time raffiné dans les très chics jardins du boutique-hôtel Lokanga, après un massage aux pierres chaudes au luxueux spa de l’hôtel Palissandre… Antananarivo, la capitale, a encore bien des choses à révéler. Notamment des marchés, dont ceux d’Andravoahangy, d’Analakely ou de La Digue, capharnaüms plus ou moins organisés ; d’hétérogènes palais, tels celui de la Reine (Rova), du Président ou du Premier ministre ; et, surtout, la Ville Haute, aux collines juchées d’édifices traditionnels. Aux pieds de ce quartier coquet et presque paisible, le lac Anosy, façonné en forme de cœur, constitue un point de repère inévitable de « Tana ». Les jacarandas en fleur le magnifient pendant les trois derniers mois de l’année ; ses propres teintes, parfois intrigantes, captivent perpétuellement.

C’est à quelques pas au sud, au niveau de la place Karl-Marx, que s’initie la Route nationale 7. Cette voie au patronyme mythique se décline notamment d’Afrique du Sud en Estonie, d’Inde à Saint-Martin. En passant, bien sûr, par la « route des vacances » française chère à Charles Trenet. À Madagascar, elle est tout aussi fabuleuse et se fait pareillement synonyme des vacances, tout du moins pour les touristes.

L’embarquement a donc lieu aux confins du centre-ville, à approximativement 1 300 mètres d’altitude. Direction sud-sud-ouest pour un road-trip de plus de 900 kilomètres ! On se trouve ici dans la région des Hautes Terres, principalement peuplée par les Merina. Pour vulgariser et généraliser, cette ethnie est reconnue comme celle des gouvernants, des souverains, qui voyagerait peu. Et pourtant, les merveilles à découvrir, aux alentours, sont foisonnantes…

Rizières, pousse-pousse et sculptures

Ainsi, la RN7 serpente entre les collines, dont les flancs sont tapissés d’innombrables rizières en terrasse. Le paysage vallonné dessine le chemin jusqu’à Antsirabe, l’autre grande agglomération du pays merina. C’est d’ailleurs la troisième ville la plus importante du pays. Elle est surtout considérée comme la capitale des pousse-pousse. Ces moyens de transport bariolés fourmillent dans les allées : ils seraient plus de cinq mille. Les « conducteurs », entre deux foulées, haranguent passants et commerçants, vantant le nom de leur véhicule : « Flash », « The Rocket », « Carl Lewis »… L’occasion est idéale pour naviguer dans les rues, entre les échoppes des lapidaires et les bâtiments thermaux – l’autre spécificité d’Antsirabe. L’abondante présence de sources naturelles a assuré sa renommée dès le XIXe siècle. Aujourd’hui encore, la station accueille les visiteurs en cure, ravis de profiter de son immuable fraîcheur après la régulière touffeur de Tana.

Antsirabé et les pousse-pousse (Photo: C. Kistrup via Flickr)

La Nationale reprend son parcours vers les provinces méridionales, à travers les cultures du pays betsileo. Ce peuple d’agriculteurs-éleveurs est réputé au même titre pour sa maîtrise du travail du bois. Et le fleuron de son artisanat s’exhibe à Ambositra. Au hasard des ruelles tortueuses de cette paisible bourgade, on se balade en savourant la douceur de vivre et de l’air. Témoins du savoir-faire autochtone, les boutiques de sculptures ou de marqueterie s’immiscent entre les bâtisses surannées, garantes de l’implacable quiétude. Voici une étape empreinte de sérénité où l’on peut aisément laisser filer les jours. Sans même s’en apercevoir…

À Fianar, une infidélité inéluctable

Toutefois, à 150 kilomètres, Fianarantsoa a largement assez d’arguments pour motiver au départ. La capitale du royaume betsileo mêle un peu de toutes les vertus rencontrées jusqu’alors. En pagaille, et c’est encore loin d’être exhaustif : la gastronomie (excellents restaurants dans lesquels on déguste misao – nouilles accompagnées de viande et/ou de légumes – ou ravitoto – ragoût de viande avec manioc et noix de coco – le soir, au coin de la cheminée), la nature (« Fianar » est encerclée par des monts verdoyants), la tranquillité (les venelles pavées de Ville-Haute jouissent d’un calme olympien)… Et tout cela sans même parler de l’une des expéditions les plus captivantes de Madagascar : le train FCE (Fianarantsoa-Côte Est). Celui-ci s’échappe de la gare, dans Ville-Basse, tôt le matin. En seconde classe, les wagons se remplissent promptement de passagers, de bagages… mais aussi de poules et/ou de cochons. L’éclectique convoi marque ses arrêts au milieu de la jungle. Il est l’attraction de toutes les populations des environs, qui convergent vers les rails pour tenter de vendre fruits, légumes ou objets de toutes sortes. Les marchandises sont étalées prestement sur le sol poussiéreux. En quelques minutes de ce commerce bigarré, l’effervescence et l’agitation atteignent des sommets. Après de longues heures (l’arrivée est programmée dans l’après-midi, à un horaire fluctuant), ces spectacles passent la main à Manakara, la destination attendue, au bord de l’océan Indien. Programme de l’étape : la mer, ses vagues et ses requins ; achat de papier antaimoro (du nom de l’ethnie locale, « ceux du rivage »), un produit végétal estimé ; et, surtout, élaboration du trajet inverse vers Fianarantsoa…

le train FCE (Photo via Flickr)

Retour en altitude (1 200 mètres environ), sur les hauts plateaux, après cette brève mais inéluctable infidélité à la Nationale 7. Celle-ci s’extirpe de Fianar via des plantations de thé, de tabac, des vignobles et les incontournables rizières. En chemin, poulets et porcelets traversent continuellement la chaussée, sans guère se soucier du trafic. Alors les 60 kilomètres jusqu’à Ambalavao s’éternisent, mais permettent d’admirer le décor. Ambalavao, donc, dernier bastion du pays betsileo, connaît des allées et venues incalculables lors du marché aux zébus, bihebdomadaire. Sur un vaste enclos, à l’extrémité du village, les bêtes sont exposées au jugement des acheteurs et aux regards curieux des visiteurs. L’imposante chaîne de l’Andringitra, avec ses versants tantôt vallonnés et vêtus de verdure, tantôt abrupts et lisses comme des lames, dessine une majestueuse toile de fond. Le climat passionné, bruyant et convivial de la foire bovine s’étend jusque dans les rues du bourg. Les maisons à varangue, pour la plupart impeccablement préservées, paraissent tout droit sorties du Far West. Adossés aux balustrades en bois, sur les pittoresques vérandas, les anciens devisent du quotidien avec leurs cadets tout en épiant chaque va-et-vient.

Du Colorado malgache à Corto Maltese

Au mitan de cet environnement, l’atmosphère commence à fleurer bon le sud. La latérite s’approprie peu à peu les lieux et confère au panorama ces reflets rougeâtres si caractéristiques. La N7 persiste vers les contrées occidentales ; une conquête de l’Ouest qui la stoppe, à hauteur de Ranohira et Ilakaka – l’Eldorado des chasseurs de saphirs –, au « Colorado malgache ». Le Parc national de l’Isalo est une conséquente étendue de plus de 80 000 hectares. Il offre donc un terrain de jeu formidable aux randonneurs. Mais également à la faune : outre des dizaines d’espèces d’oiseaux, les colonies de lémuriens sont légion. Ces primates sont toutefois suffisamment discrets, voire, pour certains, menacés d’extinction. Pouvoir les observer s’apparente ainsi à une chanceuse récompense, une agréable parenthèse d’espièglerie lors de marches parfois intenses. Car l’Isalo jouit d’un relief saccadé, d’une topographie inédite. Entre ses colossaux massifs de grès sont dissimulés des canyons, des cascades, des piscines naturelles, des grottes… On croise fortuitement des pasteurs-éleveurs bara – la principale ethnie de la région –, à la prestance rappelant celle des Masaïs d’Afrique de l’Est. Les tombeaux de leurs ancêtres sont nichés dans des falaises ou des grottes et donnent l’opportunité de se faire raconter leurs légendes. Puis, au hasard d’une formation pierreuse, un sentier se dérobe vers les sommets. Le point de vue sur les parages s’avère étourdissant et dévoile une palette de tons qui transcendent le tableau : l’azur pur du ciel enveloppe les roches grèges et ardoise, elles-mêmes perchées sur des savanes de broussailles couleur paille. De là-haut, la tête presque dans les nuages et avec l’horizon qui semble s’étirer à l’infini, on s’imagine même discerner le bleu de l’océan…

Un mirage qui devient réalité au bout du périple, à Tuléar. Dans cette cité de chaleur, de poussière et – à nouveau ! – de pousse-pousse, c’est un ballet permanent de départs et d’arrivées qui s’organise. Les marchés prolifèrent, l’activité est débordante. Pour plus de quiétude, direction les stations balnéaires de la côte ou les villages de pêcheurs vezo… À 920 kilomètres du début de l’aventure Nationale 7, à Antananarivo, on est loin du burger de zébu, du tea time et du spa. Ici, place aux crevettes façon corsaires, aux bars nocturnes ambiance Corto Maltese et à la plongée dans le canal du Mozambique ! Mais voilà précisément ce qui fait tout le charme de ce voyage aux mille et une surprises…

Rejoignez "Allovoyages.fr - Le Magazine" sur Facebook, et recevez nos meilleurs articles sur votre fil d'actualité.