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Bolivie : les beautés naturelles du Lipez

Par Florent Méchain / Publié le 12.09.2013
Dans le sud-ouest du pays andin, cette région du département de Potosi constitue un incontournable des visites boliviennes. Perchées à plus de 3 500 mètres d’altitude, au cœur du sud de l’Altiplano, des merveilles géologiques s’y succèdent. Avec, en point d’orgue, le fameux Salar d’Uyuni.

Salar d'Uyuni (B. Dumas)
Salar d'Uyuni (B. Dumas)
Le circuit classique dure trois jours, mais des semaines ne seraient pas de trop pour profiter de tant de chefs-d’œuvre de Pachamama (la déesse « nationale », assimilée à Mère Nature). La région du Lipez, qui tire son nom de la cordillère éponyme, partage des frontières avec le Chili et l’Argentine. Elle est divisée en deux provinces : le Nord Lipez, qui abrite les déserts de sel, et le Sud Lipez, qui englobe les principaux lacs. Toutes deux rivalisent de surprises époustouflantes et de paysages tour à tour éblouissants puis inquiétants.


Le Salar d’Uyuni, entre mirages et or blanc

L’expédition se fait en 4x4 ; inévitable, au vu des routes – ou plutôt des tracés – empruntées. Départ programmé à Uyuni, une bourgade sans centre d’intérêt particulier, mais dotée d’un intrigant charme assoupi. À la sortie immédiate de la ville, un cimetière de trains marque la première étape. Prisé et photogénique, il est très fréquenté des touristes, qui aiment explorer et escalader les wagons, les locomotives, ou tout autre morceau de ferraille abandonné à la poussière.

À quelques kilomètres de là, le sol caillouteux se pare déjà de particules de sel. Les villages sont fantômes, l’horizon, un mirage. L’intimidant Salar d’Uyuni s’annonce fièrement. De rares travailleurs sont de sortie et amoncellent péniblement le fruit de leur labeur, l’or blanc que leur procure ce désert. Le parcours des visiteurs est donc jalonné de coniques amas immaculés, entre lesquels les véhicules zigzaguent gaiement.

Au milieu de cette plaine éblouissante, encerclée de sombres montagnes menaçantes, s’élève l’Isla Incahuasi. Truffée de centaines de cactus élancés – et de quelques paisibles lamas –, elle constitue l’habituelle halte du déjeuner. L’occasion attendue par beaucoup pour mettre en scène les plaques de sel hexagonales dans des photos insolites : un jeu de perspectives et d’illusions qui garnit les albums de souvenirs originaux. Une balade sur l’île permet de prendre de la hauteur : le salar s’apparente à un océan scintillant, calme, plat, presque invisible. Seuls les sillages des tout-terrain marquent de leur empreinte cette étendue onirique, détachée de l’intact bleu du ciel par un soleil éclatant. La nuit est passée dans l’un des hôtels de sel des environs ; les lueurs des bougies et les épaisses couvertures en laine d’alpaga aident à braver la profonde obscurité et la fraîcheur crispante.


Des lacs, des flamants et des lamas…

À peine la lisière entre le Nord et le Sud Lipez franchie, une succession de lacs se présente. Chacun jouit de couleurs rayonnantes et de reflets bien inspirés, mais tous possèdent leurs propres attraits. La Laguna Cañapa, par exemple, peut s’enorgueillir d’abriter une très large colonie de flamants de James. Pour ne rien gâcher, cette espèce est l’une des plus photogéniques qui soit, notamment grâce à sa placidité et à son plumage orné d’un rose puissant. Un bien beau ballet animal s’initie, au bord des flots miroitants. La Laguna Honda, profonde de seulement 10 centimètres, s’admire de haut. Ses lignes harmonieuses emplissent le paysage de sérénité, magnifiée par un patchwork de bleus, de verts et de jaunes.

Aux abords de la Laguna Ramaditas, des flamants, encore, mais aussi de nouveaux « invités » : alpagas et vigognes, cousins des lamas, ruminent machinalement en regardant passer les 4x4. Plus méridionale, la Laguna Colorada s’apparente à une toile dessinée par une main de maître. Au premier plan, d’arides touffes couleur blé disséminées de-ci de-là. Puis les méandres du lac, entrelacées dans un camaïeu de rouge et de marron, et parsemées de flamants, toujours. À l’arrière-plan, les silhouettes des collines alentour, aux crêtes estompées. Et, partout, des rafales de vent balaient cette atmosphère martienne.

La lointaine Laguna Verde, aux confins du Sud Lipez, s’étend au pied du volcan Licancabur. Ce mastodonte haut de 5 916 mètres veille jalousement et se réfléchit sur l’étang turquoise, teinté par les sédiments cuivreux. Le Chili, promesse d’autres aventures, n’est qu’à quelques encablures…


Reliefs et paysages d’artistes

À l’image de ce Licancabur, les paysages du Lipez se révèlent parfois impressionnants, intimidants, avec des reliefs accidentés. Le volcan Ollagüe, plus au nord, expose des cîmes enneigées et des versants affûtés. À ses pieds, des roches acérées, usées au fil des siècles par les bourrasques venues des grandes plaines. À l’aube, c’est à proximité de la Colorada qu’il faut apprécier les premiers rais de lumière. Au cœur du champ de geysers Sol de Mañana, les silhouettes se soupçonnent en contre-jour des fumerolles. Avec les mares de boue bouillonnante et l’odeur de soufre omniprésente, l’ambiance devient troublante, étrange, presque infernale. Un réveil post-apocalyptique digne d’un film de science-fiction !

Un peu de détente, mais toujours dans un décor abîmé, aux thermes de Polques. Là, des bassins garnis d’eau à 32 °C accordent une baignade régénérante, avec vue sur la steppe désolée. Aucune goutte d’eau ne tapisse le désert Siloli et son célèbre Arbre de pierre. Cette formation naturelle modelée par les millénaires se dresse triomphalement au centre de milliards de tonnes de sable ocre.

Encore plus étonnant, le désert Salvador Dali laisse sans voix. D’un côté sont émaillés de solitaires rochers, ainsi qu’aurait pu le faire le peintre sur l’un de ses tableaux. De l’autre, des collines vêtues d’une pléïade de tons dégradés, volés à la palette de l’artiste. À croire que le roi du surréalisme a sérieusement inspiré la déesse Pachamama dans ses œuvres…

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