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Josefov, au cœur de l’ancien ghetto juif praguois

Par Lise Abou Mansour / Publié le 03.07.2013
Prague, « capitale magique de la vieille Europe » comme le disait André Breton est une ville ensorcelante. Entre ruelles pavées, boutiques de marionnettes et de cristaux et multiples Eglises aux styles variés, les visiteurs ne peuvent qu’être transportés par tant de mystère. Parmi les incontournables de cette capitale religieuse et intellectuelle, le quartier juif est une étape à la fois marquante et envoûtante.

Josefov, Prague (Photo: L. Orloski)
Josefov, Prague (Photo: L. Orloski)
Non loin du pont Charles, la cité juive s'étend entre la place de la Vieille ville et le fleuve, la Vltava. Vous arriverez surement dans Josefov depuis la très chic et surfaite rue Parizska (rue de Paris), remplie de boutiques de luxe où vêtements de grands créateurs côtoient de grosses montres dorées. Un contraste saisissant avec le vieux quartier juif, remarquable par son architecture imposante et mystique. L’ancien ghetto reste aujourd’hui encore un endroit ténébreux, mystérieux et magique. En faisant abstraction de la foule environnante, il semble une ville à l’intérieur de la ville, inspirée des contes gothiques d’antan. Un climat à la fois intrigant et captivant règne dans ce secteur qui a su rester le repère des Juifs praguois. Anciennement insalubre, Josefov a été totalement assaini et rasé,
à l’exception du vieux cimetière, des somptueuses synagogues et de l’ancien Hôtel de ville.

L’anarchique et singulier cimetière juif

En pénétrant dans cette nécropole, la tension dégagée semble encore palpable. L’atmosphère y est mystique et pesante ; la végétation dense filtrant la lumière et formant une étrange clarté dans cet espace. L’histoire du cimetière - le plus vieux d’Europe – est atypique. 100 000 Juifs y auraient été enterrés entre 1439 et 1787. Cependant, seules 12 000 pierres tombales sont visibles à la surface. Et
pour cause, ce cimetière étant le seul pour les Juifs de la ville - bien qu’il ait été plusieurs fois élargi - il restait trop petit au regard du nombre de Juifs se trouvant dans le ghetto praguois. L'Halakha, l'institution juive, interdisant formellement toute manipulation des corps, les pierres tombales furent serrées les unes contre les autres. L’espace restant toujours insuffisant, les tombes furent recouvertes de terre et empilées les unes sur les autres, le tout formant une douzaine de strates au
fil des années. Cet amoncellement a provoqué un désordre singulier dans ce cimetière peu commun.

Autre particularité, les tombes ne sont pas fleuries mais les proches des défunts laissent des cailloux pour montrer leur passage sur les lieux. L’origine de cette coutume remonterait à l’époque des ancêtres qui ne disposaient que de cailloux dans le désert pour honorer les morts. Cette tradition juive crée une décoration singulière bien qu’élémentaire.

Parmi les sépultures, on distingue celle d'Avigdor Kara – rabbin et poète religieux - la plus ancienne du cimetière, et celle de Rabbi Löew, la plus célèbre de la nécropole. Sur la tombe de ce dernier, grand théologien et leader spirituel, sont disposés des petits morceaux de papier sur lesquels les visiteurs peuvent inscrire leurs vœux les plus chers.

Des lieux de culte riches en histoire

A la sortie du vieux cimetière, se dresse la synagogue Pinkas, grande bâtisse datant de 1535. Prague, communément nommée « ville aux cent clochers » est avant tout une capitale religieuse. Dès la fondation de la ville, la communauté juive s’y installe. Elle deviendra d’ailleurs, à la Renaissance, la troisième plus vaste communauté juive d’Europe. Dès lors, il a fallu construire des lieux de culte dans le ghetto praguois. Malgré les guerres et assainissements successifs, ils ont su rester quasiment intacts, hormis la synagogue Vieille-Nouvelle qui fut entièrement reconstruite au début du XXe siècle.

En pénétrant dans l’enceinte de la synagogue Pinkas, les longs murs recouverts d’écritures intriguent et happent les âmes curieuses. Cette synagogue renferme un mémorial aux victimes de l’holocauste. Sur ses murs sont inscrits à la main les noms des Juifs tchèques et moraves victimes du nazisme, le tout constituant un hommage à la fois artistique, atypique et fascinant.

Après avoir scruté ces fascinantes écritures, montez au premier étage pour découvrir l’exposition permanente regroupant des dessins d’enfants du camp de concentration de Terezín. Près de 10 000 jeunes âgés de moins de quinze ans y auraient été enfermés. Des croquis touchants et poignants, représentant la nature comme eldorado, des trains comme ceux pris pour arriver à Terezín ou encore des familles dont la plupart ont été déchirées durant cet épisode dramatique.

En sortant de ce musée, ému et confus, vous pourrez alors poursuivre la visite de ce quartier marqué par l’histoire en vous engouffrant dans la synagogue espagnole, remarquable par sa fascinante beauté. Sous l’immense nef principale, les pilonnes donnent à ce temple imposant une grandeur tout en courbures et dorures. Vitraux en couleurs se mêlent aux arabesques et autres motifs orientaux se répétant sur les murs. Des peintures murales d’une rare splendeur rendent à ce lieu sa noblesse initiale. La synagogue abrite une partie de l’exposition Histoire des Juifs en ohème et en Moravie et décrit l’histoire des communautés juives tchèques et moraves du siècle des Lumières au lendemain de la Seconde guerre mondiale. On regrettera le manque de descriptions précises de l’ancien ghetto et des conditions de vie de ses habitants qui auraient pu être passionnantes et enrichissantes pour un quartier ayant un tel vécu.

Ces expositions retracent l'histoire juive praguoise comme le ferait tout guide touristique qui se respecte. De quoi occuper, donc, mais pas forcément de quoi fasciner. Les « Free tour » sont alors une bonne alternative. Le principe : la visite guidée se fait en groupe et est gratuite. Si le guide ne vous plait pas, libre à vous de le quitter à tout moment. Si au contraire vous êtes comblé par les explications données, vous pouvez le suivre jusqu’au bout et finir par lui donner une rétribution en fonction de votre satisfaction. Allovoyages vous recommande chaleureusement un de leurs guides, dénommé Omar, à la fois très intéressant, souriant et toujours prêt à répondre à vos questions. Vous en sortirez enrichi, enchanté et pas dépouillé pour autant.
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