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Entre football, hipster et shopping, bienvenue à Islington

Par Timothée Demeillers / Publié le 26.02.2015
Un samedi après-midi à Finsbury Park, l'un des parcs du Grand Londres. Sa proximité avec le stade Emirates Stadium en fait un des lieux de rendez-vous privilégiés des supporters de l’Arsenal les jours de rencontre. Si la zone aux alentours est essentiellement résidentielle, le quartier est très bien relié au centre-ville grâce à la station de métro Finsbury Park station, située dans le borough londonien d'Islington.

Upper Street, Islington. (Photo: A. Khora via Flickr)
Upper Street, Islington. (Photo: A. Khora via Flickr)

Des flots de passagers sortent des bouches du métro Finsbury Park et se déversent en vagues continues sous les ponts sombres du métro aérien, qu’ils tentent de quitter au plus vite. Plus loin commence un paysage de bicoques en briques rouges qui abritent des petits bouibouis, ici un coiffeur, là une bijouterie soldée, ou encore une poussiéreuse boutique de téléphones d’occasion. Les seuls commerces qui semblent faire le plein sont les nombreux fast-foods qui vendent sans distinction kebabs et poulet frit et les pubs. En ce samedi après-midi hivernal, le soleil fait une maigre apparition et perce timidement le voile de nuages bas. La première impression d’Islington n’est pas forcément flatteuse…

Au pub the Twelve Pins, qui affiche des moulures néoclassiques et des lustres un peu défraîchis, la clientèle se répand jusque sur les trottoirs et écluse joyeusement des pintes de cervoise. L’ambiance est bonne enfant et les chants de supporters de foot se succèdent : « red army, red army », que reprennent en cœur une armada de fans tous habillés de rouge, couleur du club local et du club de cœur de tous ici : l’Arsenal.

Stade et embourgeoisement

Nous sommes en effet ici à deux pas de l’Emirates, le stade des Gunners, les canonniers, l’équipe d’Arsenal. Un stade flambant neuf venu remplacer l’ancienne enceinte plus familiale d’Highbury, qui fait la part belle à de nombreux développements ultramodernes aux alentours. Un changement qui ne plait pas à tous ici. Cette réhabilitation et ce déménagement ont en effet été perçus comme le parachèvement du processus de gentrification qui touche de plein fouet le quartier depuis quelques années. Autrefois une banlieue de classes populaires très working-class, située au nord de la ville, avec une des densités de populations les plus fortes du Royaume-Uni, Islington est devenu peu à peu un paisible faubourg résidentiel où les demeures restaurées s’arrachent pour plusieurs millions de livres sterling.

Emirates Stadium (Photo: J. Couture via Flickr)

Aujourd’hui le quartier n’est pas à la fête. Arsenal a perdu. Les chants se sont tus, les mines déconfites sortent des pubs et les démarches titubantes indiquent que les pintes n’étaient certainement pas solitaires. Nous suivons les foules qui s’engouffrent dans la station d’Highbury & Islington, tandis que s’ouvre devant nous la principale rue commerçante du quartier : Upper Street.

Upper Street, temple du shopping et des foules branchées

Le changement avec les boutiques à notre arrivée est assez radical. La population aussi. Les supporters de foot ont soudainement disparu pour laisser place à un cortège chic de promeneurs bien sur eux, qui arpentent l’adorable petite rue commerçante. Ici, les vitrines vantent cupcakes, mobilier suédois et voyages exotiques en Amérique latine, tandis que la rue abrite certains des meilleurs restaurants de la ville, dont le très prisé Ottolenghi, qui sert les recettes quotidiennement renouvelées du chef israélo-italien Yottam Ottolenghi.

Un peu plus loin dans la rue, trône dans son magnifique écrin historique l’un des plus illustres temples culturels londoniens, le Everyday man Screen on the Green, cinéma indépendant qui diffuse à la fois des films à grand succès, des films d’auteurs ainsi que de régulières rétrospectives de réalisateurs ou de projections cultes. En plus de la qualité de la programmation, les prix restent abordables comparés aux autres lieux de sortie de la ville.

Alors que la foule des promeneurs se densifie vers la station de métro d’Angel, on parvient à s’échapper en retrait d’Upper Street dans un adorable passage historique, le Camden Passage, qui dévoile un marché d’antiquités. Mobilier, fripes, vieilleries militaires… Avec un peu de temps et un certain budget, vous y trouverez certainement votre bonheur. Si une halte s’impose et que vous souhaitez recharger les batteries avec une dose de caféine, faites une pause au CoffeeWorks Project, un temple hipster, qui sert d’excellents cafés torréfiés et de délicieux gâteaux faits maison, dans une ambiance très contemporaine et design.

Balade sur le canal

Rejoignez un peu plus loin, l’un des repaires les plus charmants de Londres : le Regent’s Canal. Traversant la ville en deux d’est ou ouest, le canal offre un des coins les plus intimes et reposants de la ville. Construit au début du 19ème siècle pour faciliter le transport de marchandises, notamment le charbon, à travers la capitale, la voie d’eau a été ouverte au public en 1974 avec l’aménagement d’une voie piétonne et plus tard d’une piste cyclable. Aujourd’hui le canal dévoile de magnifiques paysages urbains qui mêlent héritage industriel avec d’anciens impressionnants entrepôts réhabilités en logements ou en bureaux et nouvelles constructions contemporaines en verre qui veillent sur le cours d’eau en contrebas.

le Regent’s Canal (Photo: L. Zubarev via Flickr)

Le long des berges des dizaines de péniches colorées, desquelles s’échappent des fumets de feu de bois et de charbon, accompagnent le promeneur. Toutes celles-ci sont habitées bien que les propriétaires ne puissent pas rester plus de deux semaines au même endroit et sont donc contraints de se déplacer régulièrement sur le réseau de canaux et de bassins de la ville. Vous assisterez donc certainement à une scène distrayante de passage d’écluse par une de ces petites embarcations.

Bières et sorties

En retrait du canal se trouvent certains des meilleurs pubs de la ville de Londres. Niché dans une paisible rue résidentielle bourgeoise, le Earl of Essex surfe sur la vague des microbrasseries dans la capitale anglaise, en proposant une excellente carte de bières brassées localement. Lui-même brasserie, le pub vend sa propre cervoise et s’approvisionne régulièrement chez les meilleurs producteurs de bières de la capitale. Un moyen idéal de terminer une promenade à Islington dans un petit repaire de quartier convivial et branché par une délicieuse pale ale ou stout avant de filer dans le quartier voisin de Shoreditch pour une nuit animée dans les nombreux bars et clubs de l’endroit !
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