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Cuba : le voyage pour tous ?

Par Pierre Bertet / Publié le 14.01.2013
Une première depuis cinquante ans, les Cubains ont depuis ce lundi le droit de voyager à l’étranger. Cette mesure historique fait suite à une réforme de la loi migratoire mise en action par le président Raul Anderson. Très acclamée par la population, cette mesure annoncée le 16 octobre dernier par le président lui-même est entrée en vigueur dimanche à minuit, heure locale.

Une ouverture couteuse…


Cette réforme permet aux cubains de voyager, à condition qu’ils soient munis d’un passeport en règle et qu’ils aient plus de 18 ans. Les mineurs eux, peuvent sortir du pays, à condition d’une autorisation de leurs parents ou tuteurs. Il s’agit ici de la première grande mesure sociale du régime communiste. Jusque-là et depuis les limitations imposées en 1961 par le régime en place, les cubains souhaitant voyager devaient demander une « carte blanche » et montrer une lettre d’invitation de l’étranger. La durée maximale de séjour était alors de 11 mois, durée qu’ils ne pouvaient dépasser sous peine d’être considéré comme des expatriés définitifs.

Les Etats-Unis ont salué cette nouvelle loi, l’une des plus importantes depuis que Raul Castro a succédé à son frère Fidel en juillet 2006, en soulignant une cohérence « avec la déclaration universelle des droits de l’homme, laquelle stipule que tout le monde doit avoir le droit de quitter n’importe quel pays, y compris le sien et de pouvoir y retourner, de pouvoir aller et venir ».
Reste que les limites de cette mesure se dessinent déjà, puisque même si les formalités de voyages sont cinq fois moins chères qu’autrefois (aujourd’hui 100 dollars), cela correspond tout de même à 5 fois le salaire mensuel moyen à Cuba, lequel est de 20 dollars.

… pour des voyageurs privilégies

Cette loi devrait en fait aider les deux millions de Cubains vivant à l’étranger, soit près d’un citoyen sur six, dont 80 % aux Etats-Unis. Elle devrait également bénéficier aux sportifs et professionnels pour leurs tournées ou missions à l’étranger. Une des craintes étant que cette réforme puisse déclencher une migration massive vers les Etats-Unis puisque ceux-ci attribuent le statut de résident aux Cubains arrivant sur leur sol, un héritage de la Guerre froide. Tous les Cubains ne pourront donc pas se déplacer librement, certains dirigeants et professionnels continueront ainsi à faire l’objet de restrictions de sorties, les autorités ayant toutefois précisé que les médecins pourraient voyager sans encombre.

Le gouvernement explique ces mesures par le fait que les Etats-Unis provoquent depuis plusieurs décennies une « fuite de cerveaux » et une « défection » des vedettes du sport. En quelques années, plus de 30 athlètes ont ainsi fui ou disparu lors de tournées à l’étranger, notamment l’illustre champion de boxe Guillermo Rigondeaux. Les opposants au régime ne connaitront quant à eux peu ou pas d’améliorations puisque la nouvelle loi stipule que la sortie du pays peut être refusée pour des raisons de « sécurité nationale ».

Berta Soler, leader du groupe d’opposition des « Dames en Blanc », lequel rassemble épouse et proches de détenus politiques, souligne que cette « réforme de l’immigration n’est pas différente des autres (…) Il y aura toujours des filtres. Au final, le gouvernement choisira qui peut et ne peut pas sortir du pays ».

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