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Boquete, paradis panaméen de l’outdoor

Par Florent Mechain / Publié le 18.04.2016
Autour de cette petite ville de l’intérieur des terres du Panama, la nature s’étale à perte de vue. La province de Chiriqui abrite un véritable éden d’altitude au cœur des méconnus sommets centraméricains. Un périple captivant et insolite, entre contemplation et adrénaline.

Le volcan Baru et la ville de Boquete (Photo: Halbinger)
Le volcan Baru et la ville de Boquete (Photo: Halbinger)

À 3475 mètres d’altitude, le fond de l’air est frais. Et les 15 kilomètres – pour 2000 mètres de dénivelé – parcourus dans l’obscurité depuis minuit, à la seule lueur des lampes frontales, se font ressentir. Un feu, plutôt bienvenu, a été allumé pour agrémenter nos précieux instants de repos. Dans quelques minutes, l’aube commencera à poindre et divulguera des bribes de paysage à l’horizon. Notre poste d’observation ? La cime du volcan Baru, sommet culminant du Panama. Il fait dans les 0 °C, loin des standards que l’on est en droit d’attendre d’une contrée exotique. Mais le point de vue mérite le coup d’œil, légitimant la rude ascension et la température vivifiante. La séduisante promesse initiale de ce panorama : pouvoir admirer simultanément les deux océans qui bordent le pays. Le Pacifique a joué les timides, se terrant derrière une épaisse couche de nuages. Quant à la mer des Caraïbes, elle a tenu son rang et s’est subrepticement laissée dévisager. Qu’importe cet espoir semi-contrarié, l’astre ascendant tiédit petit à petit l’atmosphère de ses juvéniles rais étincelants. Cela s’avère encore nécessaire, un vent hostilement frisquet s’étant joint à la partie. Le retour vers Boquete requiert une attention (et une volonté) de chaque seconde, au cœur d’un environnement que nous découvrons enfin avec son éclat diurne.


Kayak le long de la frontière, tyrolienne dans la canopée…

Et la zone n’avait définitivement pas à rougir de se dévoiler ainsi. Car Boquete constitue l’épicentre touristique d’une région nantie d’apparats. La province de Chiriqui, dans les fraîches hauteurs panaméennes, donc, incarne le royaume de la nature préservée et des activités outdoor. Au-delà des randonnées telle que l’ardue montée au Baru, on se réchauffe avec des sports d’extérieur. Très prisé, le rafting permet de se lancer dans une équipée mouvementée d’à peu près deux heures, le long de la frontière costaricaine. Entre deux rapides, on voit défiler sereinement le tableau luxuriant des berges. L’action alterne avec la contemplation… Pour une autre version de l’adrénaline, rendez-vous dans les collines qui jouxtent Boquete. Une Zip Line renommée en a fait son écrin et offre un concentré de vertige enivrant. Avec cette tyrolienne de douze lignes perchée dans la canopée, l’aventure de 3,5 kilomètres revêt des allures écolo-excitantes à 60 mètres au-dessus du décor.

L’envie de sensations n’est pas rassasiée ? D’autres opportunités fleurissent dans les brochures : canyoning, escalade, quad… Autant d’occupations pour jalonner son séjour de dynamisme, et autant d’excuses pour se réjouir du calme absolu de la ville en soirée. Car après le dîner, relativement précoce en général et composé de cuisine locale (bananes plantains et frijoles, des haricots noirs ; sancocho, un ragoût de poulet avec des légumes) ou internationale (spécialités péruviennes, “Taco Tuesday”…), l’heure est à la relâche. Exception faite toutefois lors de la Feria de las Flores y del Cafe, la Fête des Fleurs et du Café. Voici la grand-messe annuelle de Boquete, une manifestation réputée qui aimante un nombre incalculable de curieux étrangers et nationaux. Les festivités ont lieu en janvier pendant une dizaine de jours et mettent en lumière les attraits de la région, communément affublée du surnom de “Vallée des fleurs et du printemps éternel”. Et lors de cette période, l’animation atteint son paroxysme. Les stands de dégustation, les scènes folkloriques et les expositions artisanales et florales envahissent la cité. Dans le même temps, les fragrances poudrées des bouquets et le fumet boisé du café divaguent à des lieues à la ronde…


Une auberge écolo perdue dans les nuages

À la finca Las Margaritas, les effluves grisantes s’harmonisent pareillement. Aux abords de Valle de Las Minas, cette ferme biologique est tenue de main de maître par le captivant Cune, pionnier de l’exploitation organique dans la province de Chiriqui, et même au Panama. Sur cette propriété sauvage et paisible, Cune produit fruits, miel, vin et, surtout, café. La passionnante visite du domaine s’entreprend avec le Lost And Found, de l’autre côté du village.

Cette éco-auberge perdue dans les nuages jouit d’une notoriété croissante auprès des voyageurs. À juste titre ! Outre son emplacement magique, au beau milieu de la jungle des coteaux de la Réserve forestière de Fortuna, elle exhale une aura teintée de félicité et de mysticisme. Ici aussi, les possibilités d’excursions sont multiples. Au canyon Los Cangilones, à Gualaca, par exemple. Au centre d’un plateau rocheux – idéal pour installer le pique-nique –, le rio Esti s’insinue entre des parois escarpées et miroitantes. En saison sèche, les plongeons des promontoires prennent de l’ampleur et endossent le goût du risque, mais on peut aisément se laisser dériver au fil de la rivière. En saison humide, l’expérience se révèle mouvementée et le courant devient le véritable souverain, n’autorisant plus le barbotage… Dans les deux cas, l’espace de quelques heures, on se délecte du site aux côtés des locaux débarqués en clan.


Après la chasse au trésor, un hamac devant le crépuscule

Le Lost And Found organise également des incursions à cheval dans la campagne panaméenne, avec étape dans le ranch pittoresque d’une famille authentique, et des expéditions aux Caldera Hot Springs, pour se délasser tranquillement dans des sources chaudes naturelles. Mais ce sont les chasses au trésor qui ont contribué à faire connaître l’endroit et à modeler son image insolite. Oui, les chasses au trésor, si incongru que cela puisse paraître. Armé d’une carte des sentiers alentour et de quelques indices, on s’élance dans la forêt profonde tel Indiana Jones en quête de la solution d’une intrigante énigme. Le mystère se poursuit sur place dans un labyrinthe, avec une enquête façon Sherlock Holmes…

Au moment de se reposer de toutes ces épopées, l’auberge dispose d’arguments convaincants. Chaque après-midi, un plateau de conséquentes portions de gâteau au miel, fait maison, est servi près des terrasses en bois ouvertes à la brise. Autour, des hamacs, des transats, des mangeoires pour les fascinants colibris, d’autres terrasses… Des animaux, notamment un capucin, des bassaris (de la famille des ratons-laveurs), se faufilent et tentent de chiper leur part du gâteau. En contrebas, un jardin d’agrumes garni de pamplemousses et d’oranges, dans lequel on pioche à l’envi dès que le désir se fait ressentir. Dès la fin de journée, alors que les degrés rechutent progressivement, la brume descend inexorablement en embrassant les versants. La vue est somptueuse et seul l’indolent coucher de soleil parvient à percer le dense brouillard. Baignée de ces reflets crépusculaires, une imposante masse sombre se devine derrière le voile. Revoilà notre fameux volcan Baru, clou du spectacle féerique qui se trame quotidiennement devant nos yeux au Lost And Found.
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