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Îles Cies, les tropiques dans l’Atlantique

Par Elise Chevillard / Publié le 18.07.2019

Ici, la mer se dégrade en d’infinies tonalités, du turquoise intense au bleu profond, et vient lécher le sable blanc et chaud des plages des îles Cies. Une image qui évoque les Caraïbes, à la différence près que la température de cette eau cristalline elle, n’est pas tropicale. C’est en Galice, au nord de l’Espagne, qu’on trouve cet archipel préservé, entre l’Océan atlantique et la ria de Vigo, seulement accessible par la mer. À elle seule, la Playa de Rodas, considérée comme la plus belle du monde par le magazine The Guardian, justifie le voyage. Et pourtant, il y a tant à voir.

Iles Cies©EliseChevillard

Aux Iles Cies, ne s’y rend pas qui veut. Seulement 2000 personnes peuvent y accéder chaque jour, car l’endroit peuplé d’espèces endémiques est préservé. Avant d’acheter le billet de la traversée, il vous faudra demander par Internet une autorisation administrative gratuite d’accès, 30 jours avant. Situées à 15 kilomètres de Vigo, les îles sont desservies par des transports maritimes de passagers qui proposent des liaisons régulières ou par des embarcations privées.

Un paradis presque perdu

Le ferry a quitté le port de Vigo depuis une petite heure, doucement ballotté par une houle berceuse. Les nuages sont restés accrochés sur les hauteurs du continent, et le ciel ici ne fait plus qu’un avec la mer. Tels des explorateurs du passé, les passagers découvrent le « nouveau monde » dans sa virginité rêvée avec ses montagnes boisées. Jules Vernes, inspiré par l’endroit, situa le légendaire continent perdu de l’Atlantide non loin d’ici. Le contour des îles se dessine, qui semblent n’être que deux, alors qu’en réalité elles sont trois. Il y celle de Monteagudo au Nord, celle de Faro au centre et au Sud, celle de San Martino, accessible par bateau. Les deux premières, sont unies par une langue de sable fin, évoquant une demi-lune. Ce trait d’union sableux, est l’emblème des îles Cies, et c’est justement à côté d’elle que le ferry dépose ses passagers.

Iles Cies©EliseChevillard

Pour rejoindre l’autre île sur lequel se trouve le camping (et accessoirement le seul endroit où dormir ici), on peut longer la plage, entre dunes et fougères, protégée par une forêt de pins qui dessinent des points d’ombre sur le sable et plongent vers la mer turquoise, ou bien prendre le passage dominé d’un côté par la calme lagune et de l’autre, les vagues de l’océan qui viennent s’écraser contre les rochers. Installé sous une forêt de pins, face à la lagune, le camping propose 800 emplacements, mais aussi des tentes équipées de lits. Ici, tout est pensé dans un esprit de protection des ressources. Les téléphones portables se rechargent avec l’énergie du soleil. L’eau est une denrée rare et celle des toilettes est réutilisée pour les douches, qui elles ne peuvent dépasser trois minutes d’eau chaude. Pas de poubelles non plus ici, car à chacun de ramener ses déchets sur le continent. Une fois le soleil couché dans l’océan, on s’endort, bercés par l’incessant chant des mouettes dans des draps qui retiennent une moiteur iodée.

Iles Cies©EliseChevillard

Une barrière naturelle

Au petit matin, l’île appartient encore le temps de quelques heures et avant l’arrivée des premiers bateaux de touristes, à ses dormeurs. Certes, on pourrait rêvasser des heures sur la plus belle plage, mais il y a aussi des balades qui permettent de découvrir toutes les facettes de l’archipel. Il existe quatre itinéraires parfaitement balisés depuis le comptoir d’information qui vous permettront de découvrir les forêts de pins et d’eucalyptus, les observatoires d’oiseaux, ou encore de magnifiques panoramas sur les falaises de la partie ouest, depuis les phares des îles.

Iles Cies©EliseChevillard

Sur les panneaux explicatifs qui ponctuent l’île, on lit que les roches les plus anciennes dateraient de 300 à 370 millions d’années. L’histoire géologique y est ici gravée. Les sommets jadis unis aux sierras littorales que l’inondation de la côte a maintenant isolé, forment une chaîne d’îles et parmi elles Cies. Le temps, l’érosion et les forces tectoniques façonnèrent l’archipel que nous connaissons aujourd’hui. Elle fut habitée depuis la préhistoire, en attestent des restes de villages retrouvés. Par le passé, les îles servirent de base aux pirates normands et turcs et hébergèrent des moines. On y trouve aussi des traces romaines, ces derniers d’ailleurs les avaient rebaptisées « îles des dieux ». Jusqu’à la moitié du XXe siècle, elles ont été habitées par quelques familles qui les ont lentement abandonnées à cause des faibles ressources. Aujourd’hui, seuls restent les gardiens du parc à l’année et des milliers d’oiseaux.

Iles Cies©EliseChevillard

Le premier sentier est l’itinéraire du mont Faro, qui offre un paysage de contrastes, de la playa de Rodas et jusqu’au mirador du phare de Cies, le point culminant de l’île. Après une ascension en zigzag sous les pins, une déviation sur la droite nous permet d’accéder à Pedra da Campa, une curieuse roche  perforée par les vents et l’océan et qui accueille le soleil en son centre au couchant. D’ici, la vue embrasse la lagune et sa bande lumineuse de sable. L’île dévoile alors ses deux visages, l’un abrupt, dominé par la roche, exposé à l’océan avec des pentes inclinées terminant en falaise, l’autre plus doux, tourné vers la Ria de Vigo, bordé de plages de sable doré encadrées par des pins. L’autre itinéraire, del Faro da Porta, longe en pente douce la mer. On découvre la playa de Nossa Senhora, plus petite et sauvage où les angles rocheux tranchent sur la douceur du sable.

Iles Cies©EliseChevillard

Les deux autres chemins nous entraînent sur l’autre partie de l’île. L’itinéraire de Monteagudo est une route intérieure, qui parcourt l’île nord sous une forêt d’eucalyptus arborescente jusqu’à Monteagudo, offrant des points de vue sur la Costa da Vela y Cabo home. Sur le chemin del Alto do Principe, nos pas s’accrochent aux pavée, le sentier monte jusqu’aux falaises du mirador Alto do Principe. Au total, Cies comptent huit plages de sable blanc et fin, baignées par des eaux cristallines qui abritent une précieuse biodiversité dans ses fonds.

Iles Cies©EliseChevillard

Une faune et une flore unique

Déclarées parc national maritime et terrestre en 2002, les îles sont les gardiennes d’un trésor marin et terrestre, paradis protégé des oiseaux. Elles s’érigent en tant que barrière naturelle qui protège les Rias Basses de la rigueur de l’océan, ce qui fait d’elles un refuge d’exception pour les espèces marines. Roche, sable, gravier… à chaque type de fond marin est associée une vie, ce qui fait que les eaux du Parc concentrent une riche biodiversité.

Dans la lagune, la transparence de l’eau laisse entrevoir une foule d’espèces différentes de poissons, mais aussi des sargues, des bars, des invertébrés en tout genre, des algues de toutes les couleurs. Dans la mer, au fur et à mesure que la profondeur augmente, oursins, anémones, crabes et poulpes se protègent dans les fissures des rochers. Le poulpe qui se consomme ici dans les restaurants de l’île à la gallega, dans le style insulaire c’est à dire cuit à la plancha, servi recouvert d’huile d’olive et saupoudré de paprika sur une planche de bois. Aux rochers sont fixés des moules, des balanes, des berniques et des anatifes. Dans les fonds sablonneux,  couteaux, coques et clovisses ont trouvé leur refuge. Les plantes, comme le fenouil marin, la camomille maritime, l’oyat, le lys de mer et la giroflée poussent dans des conditions extrêmes, s’adaptant de façon très particulière entre les rochers là ou on les attend le moins dans les dunes et les falaises. Mais la vie n’est qu’un cycle éternel et l’abondance d’organisme marin nourrit des colonies nicheuses d’oiseaux marins  telles que le goéland leucophée, le cormoran huppé, mais aussi le pélican et le pingouin torda. On trouve d’ailleurs sur les îles, la plus grande réserves de goélands ainsi que la plus grande colonie d’Europe de mouettes, gaviotas, en espagnol. Ce sont elles les maîtres des lieux. Pas farouches et très voleuses, elles viennent chiper directement des sardines dans les assiettes des touristes, installés en terrasse. Le repas devient alors un vrai combat et certains abandonnent et rentrent se réfugier à l’intérieur du restaurant.

Il est déjà l’heure de reprendre le ferry pour rejoindre le continent, fermant ainsi cette parenthèse insulaire. Le temps déjà est en train de changer au caprice des vents, ou bien des dieux.

Infos pratiques sur http://www.turismodevigo.org/fr/cies

Sur place : un camping, plusieurs restaurants, un bar et une supérette.