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Île Sainte-Marie : pirates, baleines et paradis caché

Par / Publié le 03.04.2026

Île Sainte-Marie Madagascar

Il existe sur la côte est de Madagascar une île que les marins du XVIIe siècle avaient choisie comme base arrière — un refuge naturel protégé de la houle par un lagon peu profond, suffisamment isolé pour échapper aux marines royales, suffisamment fertile pour nourrir ses habitants. Île Sainte-Marie, ou Nosy Boraha en malgache, est aujourd’hui l’une des destinations les plus prisées de Madagascar, conjuguant histoire des pirates, écotourisme marin et une douceur de vivre que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

L’histoire des pirates : Libertalia et le cimetière des flibustiers

De 1680 à 1730, Sainte-Marie fut la capitale informelle de la piraterie dans l’océan Indien. Des corsaires venus d’Angleterre, de France et d’Amérique y établirent une base permanente, profitant de sa position stratégique sur la route des épices. Certains historiens évoquent une utopie pirate appelée Libertalia, fondée sur des principes anarchistes de partage des richesses, bien que son existence reste débattue.

Le cimetière des pirates, situé à l’entrée de la baie de la ville d’Ambodifotatra, témoigne de cette époque fascinante. Une vingtaine de tombes portant crânes et tibias croisés — les vrais — sont encore visibles, bien que l’érosion et le vandalisme aient endommagé plusieurs stèles. Une visite guidée permet de donner un contexte historique à ces vestiges silencieux.

Les baleines à bosse : le spectacle de juillet à septembre

Entre juillet et septembre, la baie d’Antongil, au large de Sainte-Marie, devient l’une des plus grandes nurseries de baleines à bosse au monde. Des centaines de femelles viennent y mettre bas et allaiter leurs baleineaux à l’abri de la houle, accompagnées de mâles qui rivalisent d’acrobaties pour séduire les femelles disponibles.

Des excursions en bateau organisées par des opérateurs certifiés permettent d’observer ces géants à une distance respectueuse. Les soirs, depuis les terrasses des lodges en surplomb de la mer, il n’est pas rare d’apercevoir des souffles et des sauts au loin. Certaines nuits, lorsque la mer est calme, on entend même les chants des mâles à travers la coque des bateaux à l’ancre.

Les cascades de l’intérieur : l’île cachée

La plupart des visiteurs de Sainte-Marie ne quittent jamais la bande côtière. C’est une erreur. L’intérieur de l’île, accessible à pied par quelques sentiers peu balisés, recèle des cascades, des forêts de ravinales et des villages où la vie n’a guère changé depuis des générations.

La cascade d’Andilana, à deux heures de marche depuis la route centrale, tombe en deux paliers dans une vasque naturelle entourée de fougères arborescentes. Les guides locaux qui accompagnent ces randonnées connaissent les plantes médicinales, les oiseaux nicheurs et les familles de lémuriens qui habitent ces forêts secondaires. C’est une Sainte-Marie que les brochures touristiques ne montrent jamais.

L’île aux Nattes : la plage parfaite

À l’extrémité sud de Sainte-Marie, accessible par un court trajet en pirogue depuis le village d’Ankindrano, l’île aux Nattes (Nosy Nato) est un confetti de sable blanc et de cocotiers entouré d’eaux turquoise. Quelques bungalows de pêcheurs et deux ou trois petits hôtels constituent toute l’infrastructure touristique de l’île — il n’y a pas de voiture, pas de route goudronnée, et l’électricité est produite localement.

Les couchers de soleil sur l’île aux Nattes, avec leur palette de rose et d’orange reflétée sur le lagon, sont d’une beauté qui laisse sans voix. C’est l’endroit idéal pour une escale de deux ou trois jours en total décompression, à l’écoute du bruit des vagues et du vent dans les palmes.

Comment se rendre à Sainte-Marie

L’île est accessible depuis Antananarivo par des vols intérieurs quotidiens en haute saison (45 minutes environ). Un ferry relie également Soanierana-Ivongo, sur la côte est continentale, à Sainte-Marie en trois heures, offrant une traversée pittoresque mais parfois agitée en saison des pluies. La saison idéale pour combiner baleines et beau temps est juillet-août, même si les pluies peuvent être fréquentes en début de saison.