Magazine

Digne les Bains : ville d’eaux et d’histoire

Par Elise Chevillard / Publié le 26.06.2019

C’est sur fond de montagnes parsemées de massifs fleuris et couronnées de rochers de couleur ocre, qu’apparaît Digne les Bains. Située aux confins des Alpes et de la Provence, à 600 mètres d’altitude, cette ville d’eaux au confluent de trois vallées et rivières : la Bléone, les Eaux chaudes et le Mardaric, rappela à l’aventurière Alexandra David-Néel les montagnes du Tibet et  vit passer d’illustres personnages comme Napoléon au XIXème siècle.  L’eau sera ici le fil conducteur, murmurant l’histoire de la ville et apaisant le corps et l’esprit aux thermes.

© Office de Tourisme Vue DLB

© Office de Tourisme Vue DLB

Digne a une histoire qui remonte à la Haute Antiquité de l’âge celtique. Par la suite romaine, la ville prend le nom de Dinia (avant de devenir Digna en l’an 780) qui signifie eaux chaudes. Elle devient très vite une importante cité épiscopale. Dès le XIe siècle, afin de se protéger des invasions, des guerres et des inondations, la population se déplace vers le Rochas, où les évêques font construire un château sur la colline Saint-Charles. La cité se développe autour, prospère et animée par de grandes foires.  Mais la ville connaît aussi des temps de guerres et d’épidémies. A partir du XVIIIe siècle, Digne sort peu à peu de ses remparts et s’étend toujours plus loin. Aujourd’hui, son histoire se relit au détour d’une rue, mais aussi en pénétrant dans ses églises, ou encore dans ses musées.

Via Ferrata © Office de Tourisme

On part à l’assaut de la Via Ferrata

Et si on commençait par prendre de la hauteur pour dominer la ville ? Accessible depuis le centre de Digne, la Via Ferrata située sur le Rocher de Neuf Heures vous propose un parcours aérien pour taquiner les montagnes, entre ciel et terre. Accessible à tous et aux enfants à partir d’1,40 m et 40 kg, l’itinéraire d’une longueur de 500 mètres dure entre 2h à 2h30. Pour s’y engager, il est indispensable de posséder le matériel spécifique à cette pratique, ( vous pouvez en louer auprès de l’Office de tourisme) ainsi que de connaître parfaitement son utilisation. Pour les débutants, un guide est conseillé. Une fois là-haut, le Via Ferrata se divise en deux parties. La première passe par la dalle des tichodromes , puis dans une grotte et enfin monte dans une cheminée pour ensuite finir sur un pont népalais à plus de 50 mètres du sol. La deuxième partie plus physique, domine le clocher de Digne et offre une vue imprenable sur la Haute-Provence et le massif de l’Estrop. Sensible au vertige, s’abstenir !

©EliseChevillard

©EliseChevillard

Douceur du Sud et flânerie dans la ville haute

Construite tout en hauteur, la ville de Digne a pris la forme du rocher où elle se trouve. Sur le Rochas, la partie la plus élevée de la ville, la Cathédrale Saint-Jérôme classée monument historique (XVe siècle), veille sur elle depuis son campanile en fer forgé de style provençal. Au XIIIe siècle, la ville s’entoure de fortifications pour se protéger des brigands. Aujourd’hui, il n’en reste aucune trace ( des remparts)  si ce n’est une inscription dans le sol. Sur la place du Général de Gaulle, ce ne sont plus des foires aux bestiaux  qui sont organisées mais bien des marchés ,ou le Corso de la lavande qui célèbre le fameux brin bleu.

La Ville Haute se visite en passant d’une ruelle à l’autre, tantôt en descendant tantôt en remontant par des volées d’escaliers, parfois en passant sous des passages voûtés pavés. Les maisons sont exiguës. Construites en hauteur pour se protéger à l’époque des envahisseurs, elles viennent chercher aujourd’hui la lumière. Les toits qui dépassent sont d’anciennes tours de garde. Certaines des maisons ont un grenier ouvert ou grenier à pistoles, exposé au midi et qui servait entre autres à sécher les poires et les prunes. On découvre de vieilles façades de bois écaillées et des petits commerces qui font de la résistance. Ici, peu de monde à l’heure de la sieste si ce n’est le chat que l’on dérange dans sa toilette près de l’ancien lavoir du Mitan reconstruit au XIVe siècle. Pour la petite histoire, chaque lavoir avait sa reine qui veillait a sa bonne organisation. Et si on tend l’oreille, on peut, peut-être, entendre les cancan et commérages des lavandières qui faisaient la bugade.

©EliseChevillard

La montée Saint-Charles©EliseChevillard

Rue du Trou-du-Four, rue Prêt-à-Partir, rue de Pied Cocu… Les noms ici font sourire, évocateurs de l’histoire de la ville ou d’anciens métiers disparus. De la rue Pied-de-Ville,on grimpe la montée Saint-Charles, une rue en calade, typiquement provençale et construite avec les pierres de la Bléone.

Mais Digne est aussi une ville de personnages célèbres ( et tristement célèbre). Rue de l’Hubac, une plaque apposée au mur, rappelle comment Monseigneur de Miollis a inspiré Victor Hugo dans Les Misérables. Une autre, rend hommage à Alphonse Beau de Rochas qui est à l’origine de l’invention au XIXe siècle, du moteur à quatre temps et qui joua un rôle dans le Train des Pignes. Une autre encore, nous rappelle que Napoléon traversa la ville par la rue Mère de Dieu le 3 et 4 mars 1815 alors qu’il revenait de l’île d’Elbe. Située dans les hauteurs de la ville et construite à l’emplacement de l’ancien château, la maison d’arrêt hébergea un prisonnier célèbre, Gaston Dominici accusé d’un triple meurtre dans les années 50, jamais résolu.  Du château, il ne reste aujourd’hui que le puits, creusé au XIIIe siècle et qui resta jusqu’en 1446 le seul point d’eau intra-muros. L’eau justement, qui fait l’objet d’un parcours ponctué de plaques qui au fil des rues racontent cette histoire. Sur le point culminant de Digne, battue par les vents, la cathédrale Saint-Jérome se dresse face au Vallon des Eaux Chaudes, au Rocher de Neuf Heures,  à la Barre des Dourbes qui s’étend sur 17 km , mais aussi face au Cousson et à Saint-Pancrace. La cathédrale n’ouvre qu’à la demande, et si on a la chance d’y entrer, on pourra contempler de belles rosaces bien conservées et un orgue classé. L’été, des concerts résonnent entre ses murs épais.

©EliseChevillard

©EliseChevillard

Lors de votre visite à Digne, ne manquez pas la cathédrale actuelle, Notre-Dame-du-Bourg et sa crypte archéologique qui montre les vestiges des murs de fondation de la ville. Mais aussi le jardin des Cordelier qui réunit, légumes anciens, plantes médicinales et aromatiques au milieu d’espèces centenaires. L’Office de tourisme vous propose toute l’année des visites guidées.

©EliseChevillard

Musée Gasssendi©EliseChevillard

Dialogue entre l’art et la nature au musée Gassendi

Installé dans un ancien hospice datant du XVIe siècle, le musée Gassendi prit le nom de Pierre Gassend dit Gassendi, un enfant du pays, contemporain de Descartes et Galilée à qui l’on doit la terminologie «  aurore boréale ». Ce musée fondé en 1889 par l’aquarelliste Paul Martin, est un véritable petit cabinet, où les curiosités s’accumulent avec poésie. Et qui de plus, ne s’enferme pas dans une seule spécialité mais laisse dialoguer les beaux-arts avec les sciences et l’histoire locale. Croisés au fonds d’art ancien, riche en peintures italiennes et hollandaises, on trouve aussi  des animaux naturalisés, une collection d’instruments de mesure de physique et d’optique dont la superbe pendule cosmographique, une salle d’ammonites géantes, un herbier contemporain ainsi que des échantillons de terre collectée de par le monde. Aux toiles plus classiques se mêlent les œuvres du pape du land art, Andy Goldsworthy ( à qui une salle est dédiée), comme cette rivière de terre rouge installée dans la salle des paysages classiques et qui installe un étrange dialogue entre deux arts et deux époques. La visite se poursuivra à l’extérieur du musée, à ciel ouvert, autour d’œuvres pérennes qui associent art contemporain, nature et patrimoine ancien. Disséminées dans la nature environnante, les installations d’artistes contemporains réalisées avec des matériaux naturels et locaux se découvrent le long de sentiers de randonnées, tels que  Traces d’Herman de Vries, la Route de l’art contemporain ou encore Refuge d’art d’Andy Goldsworthy. Les sculptures en pierres sèches de ce dernier veillent telles des sentinelles sur la vallée. Tous, ont à cœur de porter un regard vers la nature, de rendre hommage à ces lieux abandonnés et de raconter le territoire.

©ThermesdeDignelesBains

©ThermesdeDignelesBains

Bain de jouvence aux Thermes

C’est à 3 kilomètres de Digne que jaillit à 50 degrés une source naturelle d’eau chaude depuis l’Antiquité. Aujourd’hui, les thermes sont alimentés en continu par le forage Ophélia. Riche en souffre, en calcium, en sodium et en ions chlorures, cette eau thermale est reconnue pour ses multiples vertus. Chaque année, ils sont plus de 8 000 curistes à se rendre ici pour une durée de 3 jours, 6 jours ou 18 jours. Situés un peu à l’écart de la ville, au creux du Vallon des Eaux Chaudes, les Thermes de Digne sont réputés pour soulager les affections ORL et respiratoires ainsi que les rhumatismes et la fibromyalgie. Soins de balnéothérapie, application de boue à usage unique, soins en piscine d’eau thermale, soins d’hydrothérapie…Les cures sont de véritables bains de jouvence.

Prévenir plutôt que guérir, c’est aussi le nouveau credo de l’établissement qui propose des ateliers pour sensibiliser à la prévention des chutes et aux problèmes de dos avec l’apprentissage des bonnes postures à adopter. Entre les soins, les curistes peuvent se reposer dans des petits salons qui offrent une décoration épurée et moderne sans pour autant sacrifier au confort, ainsi que profiter de l’espace bien-être.

©ThermesdeDignelesBains

©ThermesdeDignelesBains

Depuis quelques années, les thermes proposent un espace zen avec hammam, sauna, piscine en eau thermale à 34 degrés  ainsi qu’un espace de remise en forme. Aromathérapie, modelage à l’huile d’olive, soins du visage et du corps, séances de bain luminothérapie, massages par des kinésithérapeute….Les soins sont tous effectués avec de l’eau thermale.  Un projet d’extension est en cours et verra le jour fin 2020.

Alexandra David-Néel, la femme aux semelles de vent

Elle traversa le XXe siècle, parcourut des terres inconnues et lointaines, explora la Tibet à pied, fut la femme européenne à se rendre dans la cité interdite de Lhassa, Alexandra David-Néel est celle que l’on appelait : la femme aux semelles de vent.  Après avoir passé 35 années de sa vie sur les routes de l’Asie, cette grande aventurière, écrivaine et féministe (1868-1969)  choisit Dignes pour s’installer en 1946, où elle mourut centenaire. Les montagnes disait-elle lui rappelaient son cher Tibet. Cette maison qu’elle acheta en 1928, elle la surnomma Samten Dzong , la résidence de la réflexion où elle trouva la sérénité pour écrire une grande partie de son oeuvre. Ses voyages nourriront des livres, récits, romans, essais, pamphlets, traductions et autres correspondances qui sont autant de précieux témoignages déjà teintés de modernité.

Aujourd’hui, on vient y découvrir sa maison, le bureau où elle écrivait, le siège où elle faisait la sieste, mais aussi le centre d’interprétation construit ensuite, sans oublier le jardin et la boutique. C’est même parfois son ancienne secrétaire particulière, Marie-Madeleine Peyronnet qui assure les visites. Un film chronologique et des salles d’exposition retracent ses voyages. Actuellement fermés, la maison et le jardin rouvriront leurs portes fin juin 2019, après un réaménagement visant à retrouver l’aspect d’origine et l’authenticité des lieux du temps de son exploratrice.

Chaque année en septembre ont lieu les Journées tibétaines avec au programme des conférences, des projections de film et des expositions autour de la découverte de la religion tibétaine, de la culture et de la gastronomie.

Nos conseils pour préparer votre voyage

Où manger ? A la carte du restaurant L’auberge, le plus jeune maître restaurateur de France, Matthieu Bonnoure vous propose une cuisine à la fois généreuse et subtile qui révèle le meilleur du terroir. On y dîne face à une vue panoramique surplombant la place de l’Évêché.

Où dormir ?  L’hôtel du Grand Paris situé en plein centre, et  la Villa Gaia, un peu à l’écart de la ville.

Si vous séjournez plus longtemps dans la ville de Digne, ne manquez pas le musée de la Lavande mais aussi le musée promenade de Saint-Benoît qui domine la ville, accessible par 4 sentiers thématiques.  Dans ce bâtiment, artistes et scientifiques réfléchissent ensemble sur l’avenir.  C’est aussi le point de départ du Géoparc de Haute-Provence, le premier créé par l’Unesco en 2000 et qui met en valeur toutes les richesses géologiques de la région. Comme la dalle aux ammonites, un ancien fond marin fossile surgit de la mer et qui abrite plus de 1 550 fossiles d’ammonites détruits ou entiers. De nombreuses randonnées partent aussi de Digne.

Un grand merci à l’Agence de Développement des Alpes de Haute Provence, Irrésistible Alpes de Haute Provence ainsi qu’à l’Office de Tourisme Provence Alpes Digne les Bains, le musée Gassendi et Thermes Digne-les-Bains & Espace Zen.