Le sud aride de Madagascar : désert, peuples Antandroy et forêts d’épines

Il existe un autre Madagascar, loin des plages turquoise et des forêts humides. Un pays sec, rocailleux, où le ciel est d’un bleu presque violent et où la végétation a appris à survivre sans pluie pendant des mois. Le Grand Sud, entre Toliara et Fort-Dauphin, est l’une des régions les plus fascinantes et les moins visitées de l’île. C’est là que vit le peuple Antandroy, réputé pour sa résistance légendaire, et que pousse la forêt des épines, cet écosystème unique au monde où les cactus et les euphorbes ont remplacé les arbres.
La forêt des épines : un écosystème sans équivalent
La forêt épineuse du sud malgache est l’un des 36 hotspots de biodiversité reconnus mondialement. Elle couvre environ 17 000 km² entre Toliara et Amboasary, dans un contexte semi-aride où les pluies dépassent rarement 300 mm par an. Dans cet environnement extrême, la végétation a développé des stratégies d’adaptation spectaculaires : stockage d’eau dans des troncs gonflés, feuilles minuscules ou absentes, épines dissuasives.
Le didieréacée, famille végétale endémique de Madagascar, est l’espèce emblématique de ce biome. Ses espèces-chandelle (Didiera madagascariensis, Alluaudia procera) peuvent atteindre 15 mètres de hauteur, avec des troncs couverts d’épines et une silhouette évoquant les cactus saguaro du désert de Sonora. Certaines zones ressemblent à des forêts de lances plantées vers le ciel — un paysage d’une étrangeté inoubliable.
Berenty et les lémuriens du sud
La réserve privée de Berenty, dans la vallée du Mandrare, est l’un des sites d’observation de lémuriens les plus facilement accessibles de Madagascar. Les lémuriens à queue annelée (Lemur catta) y vivent en groupes dans une galerie forestière longée par la rivière, et s’approchent des visiteurs sans crainte. Les sifakas de Verreaux, d’un blanc immaculé avec des taches noires sur la tête, effectuent leurs célèbres « danses » bipèdes pour traverser les espaces ouverts entre les arbres.
Berenty est une propriété privée gérée par la famille de Heaulme depuis les années 1930. Elle constitue un exemple rare de conservation privée réussie dans un pays où les ressources publiques allouées aux parcs sont chroniquement insuffisantes.
Le peuple Antandroy : la résistance du désert
Les Antandroy — « ceux qui vivent parmi les épines » en malgache — sont réputés pour leur endurance et leur fierté culturelle. Leur territoire, le pays androy, est l’une des régions les plus arides et les plus isolées de Madagascar. Les famines cycliques, liées aux sécheresses qui peuvent durer plusieurs années, ont façonné une culture de la résistance et de la mobilité.
Les tombeaux antandroy, ornés de sculptures en bois représentant les activités du défunt, de cornes de zébus et de peintures colorées, sont parmi les plus remarquables de Madagascar. Ils peuvent prendre des années à construire et coûtent des fortunes en sacrifices de bœufs. La mort est au centre de la cosmologie antandroy : honorer les ancêtres est une obligation sacrée à laquelle aucun membre de la communauté ne peut se soustraire.
Le parc national de l’Isalo et les canyons roses
Le parc de l’Isalo, déjà évoqué dans le contexte de la RN7, mérite une description plus détaillée pour ceux qui s’aventurent dans le Grand Sud. Ses formations de grès du Jurassique, érodées en canyons, arches naturelles et mesa, sont d’un rose et d’un ocre qui s’intensifient au coucher du soleil.
Le canyon des Makis, la gorge des Singes et la piscine naturelle constituent le circuit classique, mais des sentiers moins fréquentés permettent de découvrir des zones de l’Isalo où l’on n’entend que le vent. Le camping dans le parc, sous un ciel étoilé d’une densité extraordinaire loin de toute pollution lumineuse, est une expérience astronomique rare.
Fort-Dauphin et la côte sud-est
À l’extrémité sud-est de l’île, Fort-Dauphin (Tôlanaro) est une ville côtière entourée de lagons, de dunes et de forêts littorales. Le parc national d’Andohahela tout proche protège à la fois une forêt humide de l’est et une forêt sèche de l’ouest, réunissant dans un espace réduit les deux grands biomes de Madagascar.
Fort-Dauphin est accessible en avion depuis Antananarivo et constitue une porte d’entrée alternative dans le Grand Sud pour ceux qui souhaitent parcourir la région dans le sens inverse de la RN7.