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Les Tsingy de Bemaraha : naviguer entre les aiguilles de pierre

Par / Publié le 03.04.2026

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Tsingy de Bemaraha

 

Imaginez un paysage sorti d’un rêve de géologue — ou d’un cauchemar d’alpiniste. Des milliers de lames de calcaire pointant vers le ciel, acérées comme des rasoirs, disposées en forêts minérales que le soleil découpe en labyrinthe d’ombre et de lumière. Bienvenue dans les Tsingy de Bemaraha, classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1990 et considérés comme l’un des paysages les plus singuliers de la planète.

Comment se forment les tsingy ?

Le mot « tsingy » vient du malgache et signifie littéralement « là où l’on ne peut pas marcher pieds nus ». C’est un euphémisme. Ces formations calcaires ont été façonnées sur des millions d’années par l’action conjuguée des pluies tropicales, légèrement acides, et de l’érosion hydrique qui a creusé, aiguisé et sculpté le plateau calcaire jusqu’à lui donner cette apparence de cathédrale minérale.

Le réseau souterrain est tout aussi impressionnant : des centaines de grottes, de galeries et de rivières souterraines s’étendent sous la surface. La rivière Manambolo, qui borde le parc à l’est, s’est frayé un passage à travers la roche en formant des gorges spectaculaires accessibles en pirogue depuis Belo-sur-Tsiribihina.

Les grands Tsingy : l’expérience en via ferrata

La zone des Grands Tsingy offre une expérience de randonnée unique au monde. Des ponts de cordes et des échelles métalliques permettent de traverser les formations les plus spectaculaires, de se glisser dans des canyons étroits, de surplomber des gouffres vertigineux. L’équipement de sécurité — baudrier, casque, mousquetons — est fourni sur place et obligatoire.

Les circuits sont classés de 1 à 3 étoiles selon leur difficulté. Le circuit « Andakoala », d’une demi-journée, est accessible aux randonneurs moyennement en forme. Le circuit intégral, qui combine grottes, ponts et panoramas sur la forêt galerie, prend une journée complète et exige une condition physique correcte. La chaleur peut être intense entre 11h et 14h : partez tôt.

La faune est remarquable. Le lémurien à diadème, le propithèque de Verreaux aux bonds prodigieux, et une multitude d’espèces d’oiseaux endémiques comme le coua de Coquerel habitent les anfractuosités de la roche. Les reptiles sont partout : caméléons, geckos, et boas malgaches se fondent dans le calcaire.

Les Petits Tsingy : l’alternative accessible

À une quinzaine de kilomètres des Grands Tsingy, la zone des Petits Tsingy offre une expérience moins intense mais tout aussi belle. Les formations y sont moins hautes, les sentiers plus doux, et l’ambiance plus sereine. C’est l’endroit idéal pour ceux qui ne souhaitent pas s’équiper de baudriers mais veulent néanmoins ressentir l’atmosphère envoûtante de ces paysages calcaires.

Les gorges de la Manambolo, accessibles depuis Belo-sur-Tsiribihina en pirogue motorisée, constituent un autre point d’entrée dans l’univers des tsingy. La navigation prend environ deux heures et offre des vues saisissantes sur des falaises creusées de cavernes, habitées par des colonies de chauves-souris et ornées de peintures rupestres.

Les Tsingy rouges d’Antsiranana : le secret du nord

Beaucoup moins connus, les Tsingy Rouges se trouvent à une quarantaine de kilomètres de Diego Suarez (Antsiranana), dans l’extrême nord de Madagascar. Ces formations argileuses d’un rouge profond, érodées par les pluies torrentielles, n’ont rien à voir géologiquement avec les tsingy calcaires de Bemaraha, mais leur beauté n’en est pas moins frappante.

Des pyramides, des tours et des arêtes vives s’élèvent sur quelques dizaines de mètres dans un silence presque complet. Le site est peu fréquenté — peut-être une centaine de visiteurs par mois — et les guides locaux d’Antsiranana proposent des excursions à la journée combinant les tsingy rouges, la montagne des Français et le panorama sur la baie de Diego.

Comment organiser son séjour

Le parc de Bemaraha est accessible depuis Morondava par une piste de 200 km (compter 6 à 8 heures en 4×4 selon la saison) ou depuis Belo-sur-Tsiribihina via la Manambolo. La ville de Bekopaka, à l’entrée du parc, dispose de quelques lodges confortables. L’accès au parc nécessite l’achat d’un billet d’entrée à la porte principale et l’embauche obligatoire d’un guide agréé ANGAP.

La saison idéale est d’avril à novembre. En pleine saison des pluies, les pistes deviennent impraticables et certaines zones du parc sont fermées. Prévoyez au minimum deux nuits sur place pour faire justice au site.